samedi 5 janvier 2013

Les Invincibles: Ostie de calice, c'est tellement bon!



Les fêtes de fin d’année sont toujours un moment propice pour s’enfermer chez soi entre deux repas de famille et ainsi rattraper sous la couette le retard qu’on a pris dans les séries télés. Cette année n’a pas fait exception à la règle. Après avoir remis les pendules à l’heure (Dexter, Les Revenants, Homeland…), j’ai profité d’avoir un peu de temps pour m’avaler quasiment entièrement une série qui trainait chez moi depuis quelques mois : Les Invincibles. Mais attention, je ne parle pas de la version remakée par Arte en 2010, je parle de la version originale, tout droit venue du Québec entre 2005 et 2009. J’avais déjà vu la première saison qui m’avait beaucoup plu, et sans trop savoir pourquoi, je n’avais pas enchainé sur les deux saisons suivantes. Grossière erreur. Les Invincibles fait partie de ces rares séries qui s’améliorent saison après saison. Si j’avais un conseil pour 2013, matez les Invincibles. La preuve pas 5 :

Les storylines : Les Invincibles, c’est l’histoire de 4 trentenaires, PA, Steve, Rémi et Carlos, qui essayent tant bien que mal de grandir et de quitter le monde si confortable de l’adulescence. Et pour ça, à chaque saison sa méthode.
Dans la 1ère saison, les quatre amis signent un pacte qui les oblige à rompre avec leurs copines respectives à une date fixe et qui les empêche de faire durer toute nouvelle relation au-delà de deux semaines. L’objectif (foireux) est de vivre le plus d’expériences possible avant de se fixer sérieusement et ainsi ne pas avoir de regrets plus tard à la cinquantaine face au démon de midi. Evidemment, rien ne se passe comme il faut et les amis s’embourbent chacun dans des emmerdes sans fin. 

Dans la saison 2, les garçons décident de remonter la pente en s’engageant dans un "rallye du bonheur" : chacun d’entre eux se fixe un objectif concret à atteindre pour être à nouveau heureux (la saison 1 a fait des dégâts) : ils perçoivent pour se faire des cartes d’entraide qu’ils peuvent abattre à tout moment, obligeant les 3 autres camarades à voler à leur secours à tout moment. Là encore, cette recherche un poil artificielle du bonheur va les mener dans le mur.

Dans la saison 3 (la meilleure, et de loin, selon moi), ce sont les filles qui prennent le contrôle en mettant en place un plan d’action qui vise à faire grandir leurs mecs, trop gamins à leur gouts. D’abord conciliants et dociles, les garçons acceptent sans rechigner ces règles tout aussi débiles que celles érigées dans les saisons précédentes. Puis, fatalement, ils vont finir par se rebeller et continuer à faire les cons. Mais à ce jeu-là, les filles ne sont finalement pas si mauvaises…

Trois saisons, trois histoires bien ficelées, originales, et quasi-bouclées (ou presque). C’est plutôt rare de voir des séries qui proposent si distinctement des storylines aussi parfaitement construites et aussi identifiables d’une année sur l’autre. Au final, on sent les scénaristes en pleine possessions de leurs scripts et l’évolution des personnages n’en est que plus facile à suivre.

Les personnages : Justement, ces personnages font, comme bien souvent, toute la saveur de la série. Malgré le titre des Invincibles (qui se réfère à leurs alter-égos imaginés et dessinés par Carlos, fan  de comics), il faut bien reconnaitre qu’on n’a pas vraiment affaire à des super-héros. C’est même plutôt l’exact opposé. Les 4 compères ne sont pas loin d’être de vrais losers. Pas loin mais pas complètement. Ils ont certes des défauts plus gros qu’eux : PA est égocentrique, Carlos est mou du genou, Steve est limite pervers et Rémi a du mal à voir la réalité en face. Mais ils sont touchants. D’une part parce qu’ils s’aiment vraiment, ces quatre-là. Ils ont beaux se battre de temps en temps, entre eux, c’est plutôt à la vie à la mort… D’autre part, parce que même s’ils mettent du temps, ils finissent toujours par apprendre de leurs erreurs. Et c’est ça qui est bon avec les Invincibles : les personnages grandissent et évoluent joliment au fil des épisodes. Certains passent par des périodes un peu plus darks (Steve et Carlos, entre autres), d’autres par des moments de cruelles humiliations (Rémi ou PA), mais au final, on ne quitte pas les personnages comme on les a trouvés. Là où certaines séries passent 8 ans à faire évoluer leurs persos principaux (non, je ne vise pas du tout Grey’s Anatomy), Les Invincibles offrent un vrai changement à ces héros (voire même une vraie mutation si on veut filer la métaphore des super-héros).
Alors forcément, dans le lot, on a chacun ses préférés. Moi, du côté des garçons, j’aime beaucoup Rémi (Rémi-Pierre Paquin, très juste), le guitariste un peu ringard qui a bien du mal à se trouver une place sérieuse dans la société. Je trouve très réussie et très sincère la relation qu’il entretient avec Vicky (excellente Amélie Bernard). Et je suis totalement fan des dernières scènes du personnage qui montrent un Rémi hyper sensible (je n’en doutais pas), peut-être le plus sensible des quatre. Chouette personnage. Ce qui ne veut pas dire que les autres ne m’intéressent pas, loin de là.
Du côté des filles, c’est Lyne-la-pas-fine qui remporte la pole position haut la main. Ce personnage castrateur, emmerdant et manipulateur forme un super duo avec Carlos et connait elle aussi une jolie évolution au fil de la série. Les motivations de Lyne sont pour autant toujours très explicites, si bien qu’on parvient aisément à s’attacher à elle, LA méchante de l’histoire. Une grande force de la série.

Les comédiens : Si à l’écriture, les storylines étaient parfaites et les personnages réussis, il fallait un sacré cast pour assurer le tout. Et là, il n’y a pas à tortiller pendant des heures, ils sont tous excellents. Sans être des beaux gosses bodybuildés ou des bombasses botoxées, le casting se trouve être composés d'acteurs et d'actrices, qui nous ressemblent, tous plus charmants, séduisants et charismatiques que les autres. Et ça fait du bien!

Les quatre comédiens principaux, évidemment, font preuve d’un talent vraiment remarquable. Une petite mention à Pierre-François Legendre (qui interprète Carlos) pour des scènes comme celle du cassage de montre en saison 1 ou du dernier épisode de la saison 3 : il parvient à nous prendre aux tripes sans qu’on s’y attende, et ça c’est plutôt fort pour une comédie. J’aime aussi beaucoup le jeu de François Létourneau, également auteur de la série, qui ne s’est pas offert le rôle le plus flatteur de la série mais qui parvient à humaniser PA, un personnage pourtant aussi égoïste que tête à claque. Enfin, Patrice Robitaille s’en sort pas mal non plus, et ce en sachant qu’il est loin d’avoir les scènes les plus flatteuses et les plus faciles à jouer (son personnage a parfois des gouts sexuels un peu hors normes surtout en saison 1). 
Coté des filles, sans vouloir en remettre une couche, Catherine Trudeau réussit un tour de force en faisant de Lyne un personnage qu’on affectionne sincèrement (l'actrice a même reçu un prix Gémeaux pour son interprétation, équivalent des 7 d'Or pour la télé québécoise). J'ai déjà mentionné Amélie Bernard, j'ajouterais donc un mot sur Kathleen Fortin, tout en douceur et en sourires, parfaite dans le rôle de Cynthia. Je terminerai en mentionnant le jeu Gremain Houde, qui interprète le père de PA et dont les coups de gueule réguliers font partie des grands moments de la série.

Le québécois : je fais partie de ces gens qui pourraient écouter du québécois pendant des heures (et ce, sans moquerie aucune, j’aime vraiment ça !). Du coup, avec Les Invincibles, j’ai été servi ! C’est un bonheur pour les oreilles. Ça reste largement compréhensible pour des petits français peu habitués, si tant est qu’on ait un minimum de vocabulaire d’outre-atlantique. Mon conseil, apprenez quelques mots comme chum, bobettes ou crosser, méfiez-vous des faux amis comme fin ou chauvin et revoyez votre stocks de juron : c’est facile, tout ce qui a rapport à la religion peut donner lieu à une insulte: tabarnak, calice, ostie et criss (les combinaisons sont aussi possibles : Ostie de calice de tabarnak ! vous indique un québécois très énervé). Finalement, on s’y habitue très vite et c’est même parfois contagieux. Fais qu’là, j’ai-tu l’air de parler mal ? Beh voyons donc, je crois pas pantoute ! Pis, è est bien fun à jaser, c’te langue-là ! C’est plate qu’en France, on est pô tenté d’apprendre…

Le final : je ne dévoilerai rien du final de la série mais c’est un sacré tour de force. La série est assurément une comédie, même si certains passages sont vraiment émouvants ou tendus. Mais dans l’ensemble, on se marre plutôt dans les Invincibles. Et pourtant, les scénaristes ont choisi de nous épargner le happy end en fin de série, et c’est tant mieux. Comme-ci les personnages avaient remplis leur mission de quitter le monde de l’adolescence où on passe son temps à se marrer pour entrer pleinement dans le monde des adultes où la réalité nous rattrape parfois plus vite qu’on ne le voudrait. A la fin, on reste un poil frustré (parce qu’on voudrait continuer à les suivre), mais vraiment comblé d’avoir vu une série surprenante jusqu’au bout.


Même si la série est un véritable carton au Québec (et on le comprend), je sais que pour les français, elle n’est pas facile à trouver (la saison 1 est sur Amazon.fr), mais si vous avez l’occasion de la voir, ça vaut vraiment le coup. Je remercie haut et fort mon frère Montréalais de m’avoir fait découvrir ce bijou. Ca faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir devant une télé-série, comme ils disent ! Ils vont me manquer, c’est sûr !


vendredi 21 décembre 2012

Les Revenants: si mortel qu'on le dit?



Le matraquage a commencé très tôt cette année pour la nouvelle création originale de Canal+, Les Revenants. Depuis la rentrée, on entend parler de plus en plus régulièrement de cette série, qu’on annonçait alors déjà comme LA série française capable de rivaliser avec les plus grandes séries américaines. Et puis la diffusion a commencé, sous les meilleures auspices journalistiques : les critiques sont dithyrambiques, tout le monde ne parle que de ça ; pas de doute, c’est un hit. Les audiences viennent confirmer ce buzz puisque Les Revenants enregistrent les meilleurs scores pour une série originale française sur la chaine câblée. Là où les précédents hits comme Braquo ou Pigalle la nuit avaient attiré en moyenne 1,2 million de téléspectateurs, Les Revenants en fidélisent 1,4 sur la quasi-totalité de la saison (courte il est vrai, puisqu’elle ne compte que huit épisodes). Je dois bien reconnaitre que, visiblement, la série plait. Et je me demande un peu pourquoi. Non pas que je n’ai pas aimé (au contraire), mais plutôt parce que je suis incapable de dire ce qui m’a fait revenir chaque semaine. Je trouve certains défauts aux Revenants et pourtant, j’ai comme l’impression qu’ils vont me manquer. Bizarre.



Un contenu parfois inégal… 
J’ai beau avoir dit du mal de The Walking Dead il y a quelques semaines, cette nouvelle histoire de zombies m’a pas mal intrigué. Pensez-donc, des morts-vivants qui n’ont pas la gueule décomposée et qui sont même capables d’aligner deux mots, c’est une révolution. En fait, ces créatures-là ressemblent plus à des fantômes en chair et en os qu’à des zombies tels que la télé et le ciné les représentent habituellement. Et c’est cette idée (reprise au film Les Revenants, de Robin Campillo) qui m’a plu à l’origine : et si les morts revenaient pour autre chose que pour nous bouffer ? Et si pour une raison inconnue, ils ressuscitaient et rêvaient de reprendre la vie qu’ils avaient avant ? Saurions-nous les accepter ? Pourrait-on faire marche arrière dans notre processus de deuil ? C’est ça qui m’intriguait dans ce pitch et c’est de ça que promettaient de parler les Revenants. 

Sur le papier en tout cas. Dans les faits, la promesse n’est qu’à moitié respectée. Ou plutôt elle est amorcée dans les premiers épisodes mais lentement, longuement. Il faut dire que le programme est chargé : chaque personnage revenu de l’au-delà (5 au début de la saison) se doit de réintégrer sa famille (pour certains la tâche est compliquée, vu l’ancienneté de leur décès), de comprendre qu’ils sont morts (ils ignorent tout de ce qui leur ait arrivé) et de renouer des contacts à peu près normaux avec leurs proches. Tout ça prend du temps. Un peu trop d’ailleurs. 
Pour le téléspectateur qui a une longueur d’avance sur les protagonistes, c’est parfois un peu longuet d’attendre qu’un personnage comprenne qu’il n’est plus tout à fait normal ou qu’un autre réalise qu’il n’hallucine pas en voyant revenir un être aimé. Dans le lot, certaines réactions surprennent (je pense à Adèle, persuadée d’avoir des visions et à Julie, pas si dérangée que ça par ce gamin qui sort de nulle part), d’autres sont beaucoup plus justes (les réactions diamétralement opposées de Claire et de Lena face au retour de Camille sont bien trouvées), d’autres enfin tardent trop à aboutir (Thomas, pourtant gendarme, met trois plombes à comprendre que Simon est bel et bien là). Bref, l’exposition de la série frôle parfois l’ennui, sans jamais l’atteindre complètement. Mais après tout, pourquoi pas : l’ambiance est clairement là alors on excuse ce rythme un peu lent des premiers épisodes.


Malheureusement, par la suite, si les choses s’accélèrent (un brin), elles continuent de ne pas répondre totalement aux thématiques annoncées, ou du moins à celles que j'attendais. Très vite, les mystères et les phénomènes paranormaux se multiplient, se diversifient et nous éloignent fatalement des questions relationnelles que le retour des morts cause à l’entourage des revenants. On a parfois du mal à rester proches de nos personnages quand les facultés bizarres des uns et les étranges blessures des autres prennent le pas sur leurs problématiques humaines et familiales, bien plus intéressantes. Si je voulais forcer le trait, je dirais qu’on passe un certain nombre d’épisodes à patiemment découvrir et connaitre les personnages, à comprendre leurs problématiques personnelles pour ensuite les oublier au profit d’une série de phénomènes inexpliqués, pas tous intéressants, pas tous exploités jusqu’au bout. 

Bref, la série, résolument humaine et originale au début, bascule dans un fantastique plus convenu à la fin (les bois sans fins, le zombie qu’on trouve dans les toilettes…). Ce n’est pas foncièrement un mal mais quand on voit le peu de réponses données à la fin de la saison, on se dit qu’on aurait préféré s’intéresser de plus près à la réintégration de nos personnages. Je ne veux pas en dire trop mais attendez-vous à laisser un sacré lot de questions  en suspens parmi toutes celles soulevées par le barrage, Victor, les chamois ou les pouvoirs de Lucy…

… servie par une forme très soignée
Alors si l’orientation que prend le récit au cours des épisodes n’était pas celle que j’attendais, pourquoi donc ai-je continué à regarder ? Pour la qualité esthétique de la série, incontestablement soignée. La photographie grise, brumeuse, froide de la série sert magnifiquement son propos. La réalisation inquiétante, lente s’accorde parfaitement à cette histoire de revenants. Les scènes particulièrement réussies qui précèdent l’entrée en scène d’un mort sont souvent montrées du point de vue d’un vivant et rendent terrifiante la moindre poignée de porte qui s’abaisse. La musique de Mogwai, moderne, sobre, inquiétante contribue à donner à la série un ton particulier.

 

Et puis il y a les acteurs. Le casting quatre étoiles de la série donnent incontestablement envie d’y revenir. A quelques très rares exceptions, ils sont tous excellents. Loin d’être débutants, Anne Consigny, Clotilde Hesme, Frédéric Pierrot ou Grégory Gadebois sont des acteurs confirmés, pas forcément habitués à des rôles pour la télévision. D’autres comme Céline Sallette, Sami Guesmi ou Guillaume Gouix sont des valeurs montantes du cinéma d’auteur. D’autres enfin sont des jolies découvertes : je pense à Pierre Perrier et Jenna Thiam. Même les enfants sont plutôt meilleurs que la plupart des gosses qu’on nous propose habituellement. C’est rare ! 
Au final, on a un casting solide, cohérent, crédible. Et ça fait toujours du bien ! Les créations Canal+ ont souvent eu à cœur de soigner son choix de comédiens. Si ça ne fait pas le succès d’une série, ça y contribue largement. Personnellement, cela m’a même permis de m’intéresser à des personnages dont l’histoire de base ne me passionnait pas ; je pense à la relation longuette de Julie et Victor sauvée par la performance de Céline Sallette ou à l’histoire un peu foireuse du serial-killer rendue touchante sur la fin par Gadebois, Gouix et Sallette (encore).


Elle est donc bien étrange cette série : sur le fond, j’ai mille choses à redire : j’ai eu du mal à rentrer dedans, je ne suis pas certain de la tournure qu’a pris le récit et la fin m’a laissé perplexe. Mais sur la forme, j’ai été totalement séduit. "Ce qui est bien, mais pas top". Si saison 2 il y a (vu les scores de la série, le contraire serait surprenant), il faudra que la trame générale se précise et que les scénaristes se décident d’une direction à donner à l’ensemble. Pour le moment, je ne suis pas entièrement convaincu par la série et j’ai du mal à comprendre les critiques qui, dans leur grande majorité, crient au génie. Moi, je dirais que cette saison est sacrément prometteuse: "devra faire ses preuves à l’examen".

vendredi 23 novembre 2012

Friends à Thanksgiving: des moments de grâce



Hier, c'était Thanksgiving aux Etats-Unis. Fête familiale au cœur de la culture américaine, elle est naturellement présente dans un très grand nombre de séries. Autour de la sempiternelle dinde démesurée, cette réunion de famille est souvent l’occasion pour les scénaristes de faire avancer les histoires à coup de clashs, de déballages et de lavage de linge sale. Thanksgiving est rarement de tout repos. Mais peu de séries arrivent à la cheville de Friends qui a mis un point d’honneur chaque année à se transcender pour l’occasion et à nous servir des épisodes qui comptent parmi les meilleurs de la série. Petit passage en revue et classement de 10 années de repas souvent sanglants chez nos amis new-yorkais.

Neuvième place : Celui qui n'aimait pas les chiens (The One Where Chandler Doesn't Like Dogs) saison 7.
Le pitch : Ross se prend la tête sur le jeu des États-Unis (il doit en citer un maximum en un minimum de temps). Phoebe essaye de faire accepter un chien abandonné à Chandler qui en a une peur bleue. Et Rachel essaye de faire venir Tag au repas.
Pourquoi c’est culte ?
Pour le jeu des États. Clairement. C’est la seule histoire réellement mémorable de l’épisode. Et notamment lorsque Phoebe décide d’arrêter de lister les états et de compter les différentes sortes de céleri à la place. A l’heure qu’il est, elle n’en a trouvé qu’un : le céleri.

Huitième place : Celui qui parle au ventre de sa femme (The One Where Underdog Gets Away) Saison 1.
Le pitch : Monica se charge d’organiser le repas et se plie en quatre pour ses amis en tenant compte de leurs goûts. Résultat : elle se retrouve à préparer trois sortes de pommes de terres. Mais finalement, à cause de l’envol d’un des ballons géants de la mythique parade de Macy’s, le groupe d’amis se précipite sur le toit de l’immeuble et s’enferme dehors, laissant les dindes bruler dans le four.
Pourquoi c’est culte ?
Pour la scène d’hystérie de Monica qui hurle dans le couloir, impuissante face à son repas qui part en fumée.
Pour la réplique : "Et voilà : les pommes de terre sont brulées, les pommes de terre sont brulées et les pommes de terres sont brulées !".
Et pour les "woosh, woosh woosh" de Rachel qui s’imagine encore sur le point de partir au ski avant l’intervention du ballon géant. Un premier thanksgiving marrant, sans plus mais qui pose certaines bases pour les saisons à venir, comme par exemple, le fait que Chandler déteste cette fête.

Septième place : Celui qui était dans la caisse (The One With Chandler In A Box) Saison 4
Le pitch : pour prouver à quel point il est désolé d’avoir trahi Joey en lui piquant sa copine, Chandler est prêt à s’enfermer dans une caisse le plus longtemps possible. De son coté, Ross reproche à Rachel d’échanger systématiquement tous les cadeaux qu’on lui offre. Monica sort avec le fils de Richard.
Pourquoi c’est culte ?
Pour la caisse, évidemment : situation totalement absurde (et presque émouvante sur la fin) dans laquelle Matthew Perry parvient à nous faire marrer en étant totalement enfermé dans une boite (à l’exception de trois malheureux doigts). Jolie performance.
Et aussi pour les frissons de dégout qui secouent Monica lorsqu’elle embrasse le fils de Richard en repensant à ce dernier.

Sixième place : Celui pour qui le foot c'est pas le pied (The One With The Football) saison 3.
Le pitch : Monica et Ross entrainent leurs amis dans une compétition de football américain pour savoir qui des deux remportera la mythique coupe Geller de leur enfance. Chandler et Joey se disputent les faveurs d’une jolie hollandaise, Margha.
Pourquoi c’est culte ?
Pour les séquences musicales durant lesquelles les deux équipes se font les pires coups-bas pour gagner des points, à mille lieux des règles de la sportivité. Seins à l’air, froc baissé, plaquage non règlementaire, tout est bon pour écraser l’adversaire. Mention spéciale aux ralentis poilants sur fond de Chariots de Feu.
Pour les mesquineries et les gamineries de Ross et Monica, bien seuls dans leur délire enfantin, et ce, jusqu’au bout de la nuit.
Pour Rachel qui nous rappelle tellement les moments où on n’était jamais choisi dans les équipes en cours d’EPS.
Pour la blague intraduisible de Joey qui confond Netherlands (les Pays-Bas, pays originaire de la belle Margha) et Neverland (pays imaginaire de Peter Pan).
Seul épisode à se dérouler en majeure partie en dehors de l’appartement de Monica (exception faite de celui, un peu particulier des flashbacks), l’histoire met cette fois l’accent sur une autre tradition incontournable de cette fête : le foot américain. Et c’est toujours aussi bon.

Cinquième place : Celui qui était vexé (The One With Rachel's Other Sister) Saison 9
Le pitch : Amy, la sœur ainée de Rachel s’incruste pour le diner. Monica hésite à se laisser convaincre d’utiliser le beau service de table qu’elle réserve pour les grandes occasions. Joey demande à Phoebe des conseils pour mentir et se justifier d’avoir oublié de participer à la parade de Macy’s (encore elle) avec ses collègues comédiens.
Pourquoi c’est culte ?
Pour Christina Applegate (la fille des Bundy dans Mariés, deux enfants), absolument mythique dans le rôle d’Amy, qui reviendra dans la saison 10 pour une deuxième apparition tout aussi réussie. Egoïste, vénale, blonde (au sens propre comme au sens figuré), Amy est impitoyable avec les gens, si tant est qu’elle se souvienne d’eux ou qu’elle daigne leur parler.
Pour l’obsession de Monica avec ses assiettes de porcelaine et pour la scène finale où elle tente désespérément de protéger son service face aux disputes des deux sœurs et qui manque de s’évanouir quand l’impensable finit par arriver.

Quatrième place : Celui qui avait des souvenirs difficiles à avaler (The One With The Thanksgiving Flashbacks) Saison 5.
Le pitch : à la suite d’un repas de fête un peu trop copieux, les 6 amis se remémorent leurs pire Thanksgiving.
Pourquoi c’est culte ?
Pour les vies antérieures bien pourries de Phoebe qui en a décidément bien chié !
Pour la révélation de ce qui s’est réellement passé dans la jeunesse de Chandler, entre son père et le serveur. "More turkey, Mister Chandler ?"
Pour Joey qui se retrouve la tête coincée dans le cul d’une dinde. Et pour Monica qui renouvelle cet exploit mais en rajoutant une petite danse bien ridicule et en faisant une peur bleue à Joey.
Pour le vieux nez de Rachel. 
Pour les looks impensables de Ross et Chandler, calqués sur Miami Vice.
Pour l’incident du couteau de cuisine qui, sur la musique de Psychose, vient amputer Chandler d’un orteil.
Les flashbacks : joli exercice de style, pas hyper original mais vraiment bien exploité.

Troisième place : Celui qui ratait Thanksgiving (The One With The Late Thanksgiving) Saison 10.
Le pitch: contrairement aux autres années, Monica a décidé de ne pas gérer le diner de Thanksgiving. Mais sous la pression du groupe, elle finit par accepter. Sauf que tout le monde arrive avec plusieurs heures de retard. Pour se venger, Monica refuse de les laisser entrer.
Pourquoi c’est culte ?
Pour la moralité très limite de Rachel qui n’hésite pas à inscrire sa fille à un concours de beauté, histoire de gagner des ronds, quitte à dauber sur les autres concurrents.
Pour la sauce aux airelles que Chandler se vante d’avoir préparée et dont tout le monde se fout.
Pour le Pierre, Papier, Ciseau, Feu de Joey battu par le Ballon d’eau de Phoebe…
Pour toute la deuxième partie de l’épisode, lorsque que les 4 invités en retard tentent de convaincre Monica et Chandler de les laisser entrer. Tout est mythique : les têtes qui flottent, la bave de Joey, le "Congratulations" de Rachel, la veine de Monica ! C’est parfait. Et quand Joey reste coincé, la tête prise dans l’ouverture de la porte, ses potes préfèrent lui remplirent le falzar de conneries plutôt que de l’aider. Cette scène compte définitivement parmi les meilleures de la série.
Allez, ça m'arrive pas souvent, une petite private joke:

Deuxième place : Celui qui avait fait courir la rumeur (The One With The Rumor) Saison 8
Le pitch : Monica a fait venir Will, son ancien ami obèse pour les festivités. Sauf que Will est devenu super beau et qu’il ne va pas tarder à ré-ouvrir le club des "gens qui détestent Rachel" avec son co-fondateur, Ross et à déterrer tous les vieux dossiers.
Pourquoi c’est culte ?
Parce que Will, c’est Brad Pitt. A l’époque du tournage, il était marié à Jennifer Aniston. Et avoir choisi que les deux personnages incarnés par le couple se détestent était un joli contre-emploi. Evidemment, aujourd’hui, l’épisode doit faire grincer des dents la comédienne…
Pour la réaction de Phoebe (en transe) et de Chandler (un brin jaloux) quand ils découvrent Brad (à 0:40 dans la vidéo qui suit). Et pour l’enthousiasme avec lequel Phoebe finit par embrasser Brad.
Pour Joey et sa dinde qu’il va s’enfiler seul tout, dans les futes de grossesse de Phoebe.
Pour la rumeur que Will et Ross avaient fait courir sur Rachel et qui avait fait le tour du monde (ou en tout cas, le tour de Long Island). Faut dire qu’une pom-pom girl qui aurait la particularité d’avoir un pénis, ça fait jaser. Le jeu des vérités qui suit cette révélation faut aussi son pesant de cacahuètes : il faut voir Ross se défendre de l’amour qu’il éprouvait pour la vieille bibliothécaire du lycée.

Première place : Celui qui s'était drogué (The One Where Ross Gets High) saison 6.
Le pitch : les parents Geller sont invités pour le repas. L’objectif : leur faire aimer Chandler avant de leur annoncer qu’il sort avec Monica. Mais à cause de vieux mensonges de Ross, la tâche ne sera pas aisée. De son coté, Rachel se lance dans la préparation d’un gâteau un peu particulier et Joey essaye d‘accélérer les festivités pour rejoindre sa colloc Jeanine (on le comprend, il s’agit quand même d’Elle McPherson).
Pourquoi c’est culte ?
Pour les fantasmes bien chelous de Phoebe sur Jack Geller et Jacques Cousteau.
Pour la cuisine de Rachel et la dégustation de son gâteau infect. Un grand moment de la série : Monica qui feint (très mal) d’aimer le dessert, Ross qui engloutie tout pour que Rachel ne puisse pas y gouter, Phoebe qui, végétarienne, profite que Rachel ait mis du bœuf dans son plat pour échapper au supplice et Joey qui trouve ça sincèrement délicieux.
Pour la scène finale où, par vengeance, Monica et Ross balancent toutes les vérités qu’ils ont toujours cachées à leurs parents, déclenchant ainsi une vague de révélations qui gagne peu à peu tout le groupe. La scène est parfaitement écrite, parfaitement jouée ; ça se passe de commentaires :


Globalement, ces épisodes sont des pures merveilles d’écriture et de jeu. Souvent à huit-clos, la série se concentre sur ses six héros et évite de faire intervenir des personnages extérieurs. Et quand ça arrive, ces invités sont mêlés malgré eux aux histoires personnelles des héros qui s’apparentent plus à des querelles familiales qu’à des embrouilles de potes. On dit qu’on ne choisit pas sa famille, mais peut-être qu’on choisit ses amis uniquement dans le but de reproduire des schémas familiers…
Le meilleur de la série a eu lieu pendant Thanksgiving et n’a pas pris une ride. Ça donne envie d’envoyer valser How I met your Mother (qu’on décrit à tort comme l’héritière de Friends) et de se refaire l’intégrale de cette série décidément culte.

NB : On notera que seule la saison 2 n’exploite pas la fête de Thanksgiving. Les scénaristes étaient plus préoccupés par la romance de Ross et Rachel qui démarrait (mal) à ce moment-là.