Quinze jours après la diffusion du dernier épisode,
j'ai enfin terminé la première saison de la très acclamée The Handmaid's Tale. Adaptée d'un livre de Margaret Atwood publié
en 1985 sous le titre français bien plus joli La Servante écarlate, la série trouve un écho particulièrement
moderne aujourd'hui face à des mouvements conservateurs rétrogrades toujours
plus influents des deux côtés de l'Atlantique. Magnifique autant
qu'intelligente, The Handmaid's Tale
est un incontournable de l'année.
Dans un avenir proche (mais volontairement non
daté), les Etats-Unis - ou du moins une partie - sont tombés sous le jouc d'une
secte religieuse et totalitaire qui a choisi de retirer aux femmes tous leurs
droits civils, les cantonnant à des tâches ménagères. Parmi elles, celles
qui sont fécondes sont réduites à leurs fonctions reproductrices pour lutter
contre des problèmes croissants de fertilité, notamment chez les plus nantis.
June, l'héroïne, est ainsi rebaptisée Defred (Offred en anglais) pour marquer
son appartenance à un couple aussi riche que flippant, Fred et Serena
Waterford.


Et en premier lieu, le féminisme et le droit des
femmes à disposer de leur vie et de leur corps. En regardant The Handmaid's Tale, on pense évidemment
aux questions brûlantes qui concernent l'IVG, la PMA et la GPA. On pense
également à la parité et à la place des femmes à des postes de pouvoir. On reconnait
aussi les dérives fascisantes dans lesquels les courants religieux extrémistes
(chrétiens ou musulmans) actuels s'enfoncent petit à petit. Et on se dit
qu'avoir au pouvoir des personnalités misogynes notoires dans un pays comme les
USA pourrait se révéler dramatique (#ohwait).
La série aborde également la question des migrants
en adoptant un point de vue assez inédit. Et si, d'un coup, les américains
étaient ceux qui devaient migrer, fuir leur pays et trouver refuge à
l'étranger? Voilà un des autres coups de génie de la série: inverser les
mécanismes pour mieux comprendre les populations en détresse qui fuient leur
quotidien.
Enfin les questions des minorités LGBT (qu'on
appelle ici les gender traitors) et des minorités ethniques (le
"fictif" Gilead n'est dirigé que par des hommes blancs...) sont
également traitées en toile de fond.
Bref, la série est extrêmement riche. Mais elle
aborde tous ces sujets avec d'autant plus d'intelligence qu'elle ne le fait pas
de façon ostentatoire. Aucune leçon n'est donnée, si ce n'est parfois par le
personnage de Moira, meilleure amie de Defred, lesbienne féministe militante
(dans son ancienne vie, du moins). Les scénaristes préfèrent laisser les
situations absurdes et/ou violentes parler d'elles même.

Un mot sur les comédiens, qu'on connaît tous et
qu'on aime tout autant. Elisabeth Moss poursuit sa carrière décidément parfaite
(The West Wing, Top of the Lake, Mad Men...)
en interprétant ici Defred avec beaucoup de sensibilité, d'autant plus que le
personnage apprend à intérioriser toutes ses émotions. Face à elle, il fallait
au moins la superbe Yvonne Strahovski (Dexter)
pour donner à Serena toute son autorité. Samira Wiley (OITNB), Ann Dowd (The
Leftovers) et Madeline Brewer (OITNB)
viennent compléter cette riche palette de personnages féminins. Les hommes,
moins présents, ne sont pourtant pas en reste. Mention spéciale au toujours
parfait OT Fagbenle (Looking), qui
joue ici le mari de Defred, au temps où elle s'appelait June. Joseph Fiennes (Flashforward) et Max Minghella (The Social Network) composent quant à
eux des rôles plus ambigus, plus inquiétants mais tout aussi maîtrisés.
Bref, gros gros casting.
Diffusé sur la plateforme Hulu, The Handmaid’s Tale s’impose comme une évidence de l’année 2017. Un
incontournable absolu pour qui est friand de séries intelligentes, riches et esthétiquement
parfaites. A voir. Et à méditer longuement après.