dimanche 22 avril 2012

Les Experts: la battle !


J’ai passé la barre des 5000 pages vues sur ce blog (youpi ! merci !) et dans un grand élan de narcissisme exacerbé, j’ai relu mes premiers billets. Dans le post pilote, je soulevais une question tant de fois débattue : des trois franchises des Experts (par ordre d’apparition sur les écrans : Las Vegas, Miami et Manhattan), laquelle est la meilleure ? En ces temps électoraux, j’ai décidé d’élire la meilleure franchise, en les comparant, point par point.

La ville et leurs enquêtes : Le lieu de l’action reste la première façon de différencier ces séries sœurs. Absolument pas anodin, le choix des villes donne un ton général original à chacune des trois séries.
A Las Vegas, les enquêtes et les meurtres sont à l’image de la ville du vice : sulfureux, ils se passent essentiellement la nuit, dans des ambiances de fêtes, de jeux, de prostitutions et de spectacles plus ou moins grand public. Évidemment, certains meurtres se déroulent dans des contextes un peu moins extravagants, mais globalement, la série exploite assez bien l’image déviante de Vegas.
Les Experts : Manhattan exploite également deux des facettes bien connues de New York : le coté cosmopolite de la mégalopole et sa place de superpuissance économique. Les enquêtes traitées par la série sont donc généralement tournées vers le monde des affaires et utilisent pleinement le jeu des communautés très variées qui cohabitent malgré elles dans la Grande Pomme.
Pour Les Experts : Miami (que je regarde moins, je l’avoue), je n’ai pas réellement réussi à ressentir l’influence de la ville sur le choix des enquêtes. La série pourrait sans problème se dérouler dans une autre ville des Etats-Unis, comme San Diego ou Honolulu (pour prendre des villes au climat similaire) Un premier mauvais point pour Miami.
Bilan : Las Vegas : 1, NY : 1, Miami : 0.

 
La photographie : encore plus marquée que les lieux où se déroule l’action, la photographie est résolument différente d’une série à l’autre et donne une forte identité à chaque dérivée de la franchise.
Dans Les Experts (entendez Las Vegas), les couleurs fluos des néons des casinos et des machines à sous dominent. Les ambiances sont toujours très contrastées, très saturées et donnent à la série une dimension acidulée, hystérique, raccord avec les ambiances de la ville.
A Miami, la photographie reflète parfaitement le climat floridien : chaude, lourde, moite, elle est servie par des tons jaunes étouffants, parfaitement raccord avec l’idée que l’on peut se faire de cette région.
Plus froide, au cœur de ses buildings de pierre et d’acier, les Experts : Manhattan utilise une photographie aux tons bleus, électriques, glacés et donne à la série l’image plus impersonnelle, plus anonyme que dégagent les grandes villes.
Bilan : Las Vegas : 1, Miami : 1, NY : 1. La photographie est une réussite dans les trois séries.

 
Le chef : chaque série des Experts suit une équipe de policiers scientifiques. A la tête de ces équipes, un homme est là pour diriger ce petit monde et la personnalité de ces trois chefs d’équipes impacte profondément sur le ton de la série. Sur ce point, les séries diffèrent énormément. Ce qui confirme qu’avant de raconter des histoires, une série se doit de se doter de personnages parfaitement écrits (ouais, ok, c'est un porte ouverte que j'enfonce, là).
 A Vegas, on a affaire à Gil Grissom (interprété tout en finesse par William Petersen) : véritable papa poule, Grissom prend grand soin de ses ouailles. Il est là pour manager ses employés, les faire grandir dans leur métier et les élever à son niveau. Très respecté, il est reconnu pour être une sommité dans son travail. Sa surdité naissante, son amour pour les insectes et sa relation à demi-avouée avec Sara Sidle (Jorja Fox) aident fortement à humaniser ce personnage et à en faire le patron qu’on rêve tous d’avoir un jour. La série ne se remet d’ailleurs pas très bien de son départ en fin de saison 9, les chefs suivants n’ayant pas son aura ni son charisme.
A Manhattan, Mac Taylor (joué par Gary Sinise) fait lui aussi partie des chefs qui placent le bien-être de son équipe avant le sien. Fortement marqué par la disparition de sa femme dans les attentats du World Trade Center, Mac est un taiseux qui ne parle pas pour ne rien dire et qui reste globalement maitre de ses émotions. Certes moins réussi que Grissom, ce personnage posé et réfléchi contribue tout de même largement au succès de la série.
Dans les Experts : Miami, il faut bien dire que le choix du comédien principal est l’erreur numéro un de la série. David Caruso incarne le lieutenant Horatio Caine. Absolument pas charismatique, totalement dépourvu d’émotions, ce personnage passe la moitié de son temps à mettre et à enlever ses lunettes de soleil (bah oui, y fait beau à Miami) pour se donner une pauvre consistance et pour occuper les silences lourds qui viennent ponctuer artificiellement chacune de ses phrases. Caruso est insupportable, soporifique et transparent ! C’est à cause de lui que je ne regarde pas Miami. Un gros bouh !!!
Bilan : Las Vegas : 2, NY : 1, Miami : 0 (et encore, je suis gentil de ne pas mettre de point négatif !)

L’équipe : les séries ne se limitent malgré tout pas qu’à leur chef et le reste des équipes contribue aussi à donner une patte particulière à chacune des trois séries.
Je suis à peu près autant fan de l’intégralité de l’équipe de Vegas que je le suis de Grissom. J’adore le charisme et le passé trouble de Catherine Willows, j’aime la rivalité amicale entre Nick Stokes, Sara Sidle et Warrick Brown, j’aime aussi la montée en puissance de Greg Sanders. C’est la plus belle réussite des Experts : Las Vegas : avoir su mettre en scène une équipe aussi attachante qui parvient à exister et à évoluer dans une série qui privilégie avant tout les meurtres et les enquêtes.
A Miami, c’est l’inverse. L’équipe n’existe pas, totalement plombée par la présence de leur chef imbuvable. Ok, j’en fais trop mais vous avez compris l’idée. Je ne les connais pas parce que Caruso m’en a empêché. Dommage, j’aimais bien Emily Pocter dans The West Wing.
L’équipe de Manhattan est dans l’entre deux. Tous les membres ne m’intéressent pas de la même façon. En fait, j’aime bien l’histoire d’amour qui se développe entre Danny et Lindsay, fraichement débarquée de son Montana natal (ce qui lui vaut son surnom dans la série) en début de saison 2. Stella Bonasera m’intéresse moins que Willows, son alter-go à Las Vegas mais sa complicité avec Mac est plutôt réussie.
A noter qu’hormis le capitaine Jim Brass à Vegas, les flics qui accompagnent nos experts scientifiques ont un peu de mal à exister réellement. Tout comme les médecins légistes qui restent des personnages très secondaires moyennement développés.
Bilan : Las Vegas : 2, NY : 1, Miami : 0.

Le générique : trois séries, trois chansons des Who. Les gouts sont dans la nature et mon choix n’est absolument pas justifié mais je préfère le générique des Experts : Manhattan. Et parce que j’aime la série, j’aime bien celui de Vegas aussi.



Bilan, de façon purement arbitraire donc : NY: 2, Las Vegas : 1, Miami : 0.

Au final, Las Vegas remporte 7 points, Manhattan en compte 6 et Miami n’en récolte qu’un. C’est parfaitement représentatif de ce que je pense de ces trois séries. Donc que celui qui vient me voir pour me parler des Experts : Miami sache à quoi s’en tenir. Je fais un blocage total. Viva Las Vegas !

lundi 9 avril 2012

Ally McBeal en musique !

Aujourd’hui, j’écoutais ITunes en mode aléatoire. A un moment, comme ça, sans prévenir, une chanson est arrivée et m’a renvoyé directement quelques années en arrière, à l’époque où je regardais religieusement Ally McBeal toutes les semaines sur M6 (je ne vais pas dire tout de suite de quelle chanson il s’agissait pour ne pas gâcher la surprise). Bien avant la mode des séries musicales comme Glee ou Smash, Ally McBeal plaçait la musique au centre de son univers.
Les premières notes de certaines chansons pouvaient suffire à expliquer précisément aux téléspectateurs l’état d’esprit dans lequel se trouvait l’héroïne, sans avoir besoin qu’un seul dialogue ne soit prononcé. D’autres musiques permettaient d’annoncer l’arrivée de certains personnages avant même qu’on ne les voit (je pense à la petite musique stressante qui précédait chacune des entrées de Ling dans les bureaux de Cage & Fish). Vonda Shepard, qui était l’interprète d’une immense majorité des chansons entendues dans la série mais qui incarnait aussi la chanteuse du bar où tous les personnages se retrouvaient en fin de journée, avait même le droit de voir son nom et son visage apparaitre au générique de la série. Un cas unique selon moi.
Avec une musique aussi présente, j’ai donc repensé à la playlist de la série et j’ai retenu ces quelques indispensables pour tout fan qui se respecte.

La première chanson, évidemment, c’est celle du générique, une des rares qui soit signée de Vonda Shepard. Je suis bien incapable de dire si j’aime ou non cette chanson. Elle représente simplement la série.
 

Ally McBeal était sujette aux visions. C’était même, avec les chansons, un moyen efficace et souvent très drôle de comprendre ce à quoi elle pensait. Sauf que, en cours de saison 1, ces visions maitrisées deviennent des hallucinations incontrôlées. La plus récurrente d’entre elles est un petit bébé en image de synthèse qui vient danser sous les yeux d’Ally. Toujours accompagné d’une petite musique tribale bien particulière, le bébé est là pour lui rappeler que son horloge biologique tourne. Cruel mais efficace puisque que petit à petit, Ally apprend à vivre avec ce bébé dansant et à se rassurer sur son avenir. Et la chanson "I can’t stop this feeling" qui venait s’ajouter par-dessus la musique tribale est associé pour toujours à ce bébé en 3D.

Pour soigner ces hallucinations et ses problèmes de cœur, Ally va voir une psy aux méthodes un peu particulières. Celle-ci conseille à Ally, entre autres, de fredonner une chanson qui fout la pêche à chaque fois qu’elle sent le blues monter. La chanson qu’Ally choisit est Tell Him de Bert Berns. Et comme elle a TRES souvent le blues, c’est vite devenue une chanson récurrente de la série. Elle prend l’habitude de se défouler dessus et par mimétisme, j’avoue que cette chanson a tendance (ou du moins avais, je l’écoute moins aujourd’hui…) à me donner la patate à moi aussi. 

Un autre personnage à l’imagination débordante est bien évidemment John Cage (le magnifique Peter MacNicol), le patron excentrique et farfelu de la série. Pour se donner du courage quand il en a besoin (c’est-à-dire chaque fois qu’il veut aborder une femme), il se retrouve en tête à tête avec lui-même dans les toilettes unisexe de la société pour se concentrer et laisser l’esprit de Barry White lui venir en aide. John Cage choisit "You're the First, the Last, My Everything" pour le guider sur la voie de la sexe attitude. Et oui, Barry White est quand même pas mal connu pour donner à une soirée une ambiance sexy et décontracte. Alors, peu à peu, John a mis en place tout un rituel autour de cette chanson pour se mettre dans le mood de l’amuuur. Et ce rituel est vite devenu connu de tous les employés. Si bien que chacun a pu, à un moment ou à un autre, participer à la petite danse de John. Ne serait-ce que dans l’épisode où Barry White himself est venu pousser la chansonnette dans le bar pour fêter l’anniversaire de John. 
 
Dans le genre "légende black américaine", on a aussi eu l’énorme présence d’Al Green, qui apparait à Ally en vision pour la réconforter dans ses plus grands moments de solitude. La nostalgie et la tendresse qu’inspirent ce chanteur collent parfaitement à l’ambiance de la série. Et je suis bien content qu’il ait été invité dans la série parce que j’avoue qu’au moment de la première diffusion de la série, je ne connaissais pas Al Green (ouais, ça va, j’étais jeune !). 
 
Enfin, la fameuse chanson sur laquelle je suis tombé cet après-midi et qui m’a fait le coup de la madeleine de Proust, c’est celle qui est devenue pour beaucoup LA scène romantique de la série. Dans la saison 4, Ally rencontre un avocat, Harry, incarné par Robert Downey Jr., acteur un peu à la dérive à cette époque (il s’est depuis bien rattrapé avec Sherlock Holmes et Iron Man). Toutes les téléspectatrices ont rêvé qu’Harry devienne LE mec d’Ally. Et pourtant, ça n’a pas été le cas. Mais avant de tirer sa révérence, il a offert à Ally THE cadeau d’anniversaire. Il lui chante "Every breath you take", mais attention, pas en mode karaoké. Non, quand Harry décide de faire un cadeau, il fait les choses en grand et s’offre le soutien de Sting en personne pour se taper un p’tit bœuf. Et du coup, quand Monsieur Sting arrive à l’écran, ça devient une séquence culte. En quelques minutes, lui et Harry Downey Jr réinventent la classe. J’adore.


Bon je m’arrête là mais j’aurais pu continuer avec d’autres séquences cultes vu le défilé de stars que la série nous a apporté (Tina Turner, Macy Gray, Gloria Gaynor, Josh Groban, Anastacia ou Elton John) et les séquences musicales que nous ont offert des personnages comme Elaine ou Renee ou des épisodes en comédie musicale. Ally McBeal avait très justement choisi de mettre la musique au centre du récit. Ce qui a surement contribué à faire de cette série l’une des séries les plus cultes des années 1990.

lundi 2 avril 2012

The Newsroom : Aaron Sorkin is back !!!

Il revient à la télévision ! Enfin ! Pour ceux qui ne connaissent pas ce nom (bouh pas bien !), il s’agit du scénariste oscarisé pour The Social Network (une merveille d’écriture). Mais pour le monde des séries, il s’agit surtout du créateur d’une des plus grandes séries du monde : The West Wing (ou A la Maison Blanche en  VF). Non, je n’ai pas peur d’en faire trop. Cette série est tout bonnement géniale. Elle est tellement intelligente et bien écrite avec des dialogues ciselés au mot près que je n’ai pas encore trouvé le moyen d’écrire sur ce blog un article qui serait à la hauteur de sa qualité. Elle fait partie des rares qui me manquent encore terriblement aujourd’hui. 

Alors, l’idée de retrouver ce génie à la tête de The Newsroom, un nouveau projet où on échange des idées, où on parle vite et où on remet en cause la toute puissance des Américains me fait saliver !!! Le point de départ de la série – un animateur de talk-show qui rêve de tout envoyer balader – ressemble un peu à celui de Studio 60 on the Sunset Strip, précédente série de Sorkin sur les mêmes coulisses de la télévision, qui n’a jamais été renouvelée après la première saison. 
Ici, en plus, le casting est grave prometteur (Jeff Daniels, Jane Fonda, Emily Mortimer, Sam Waterston, Dev Patel…). Et c’est sur HBO… Bref, vivement le 24 juin !!!


vendredi 30 mars 2012

The Killing : le parfait polar

En ce moment, les semaines sont chargées sur la chaine câblée AMC(toujours elle): alors que The Walking Dead vient d’achever sa deuxième saison avec des records d’audience absolus et que Mad Men a entamé sa cinquième saison avec succès, la chaine s’apprête à lancer la deuxième saison de The Killing, une autre bombe visuelle et narrative apparue sur les écrans l’année dernière. Pour ceux qui douteraient encore ou qui ne connaitraient pas la série, voilà 5 raisons pour lesquelles je considère que cette série est un must-see absolu :

 

- l’enquête : adaptée d’une série danoise, The Killing suit l’enquête policière de deux flics autour du meurtre d’une jeune fille retrouvée noyée et mutilée dans le coffre d’une voiture. Dit comme ça, rien d’étonnant. Pourtant, et c’est là que la série porte bien son nom, l’originalité du récit vient du fait que toute la saison ne va tourner qu’autour d’un seul meurtre. Pas de sous-intrigues secondaires autour d’autres affaires pour divertir le spectateur, pas de digressions pour parler d’autre chose. The Killing, c’est un peu l’anti-Experts (que j’aime beaucoup dans sa version Vegasienne, ne nous y trompons pas) : au lieu de chercher l’efficacité, le rythme et la rapidité, on privilégie le réalisme du récit, la pénibilité d’une enquête et la complexité de la résolution de celle-ci. Ici, les tests ADN n’arrivent pas en 10 minutes et l’analyse des vidéos de surveillance ne permettent pas de faire des zooms x 3 000 sur l’étiquette du col de chemise d’un suspect. Non, ici, les flics réfléchissent, interrogent, se trompent, recommencent… Tout est laborieux, et donc bien plus crédible. Et finalement, le téléspectateur se retrouve à partager la fatigue et le stress des personnages principaux.
 

- Mireille Enos : elle interprète l’inspecteur Sarah Linden, le personnage principal de la série. Pas particulièrement jolie, peu mise en valeur, plutôt taciturne et ronchon, elle campe une flic de prime abord assez peu aimable. En plein déménagement –elle doit quitter la grisaille de Seattle pour retrouver son fiancé sous le soleil de Californie- elle ne peut s’empêcher de s’intéresser à une dernière enquête, celle qui ne va cesser de reporter son départ pour le sud pendant toute la saison. Forcée de faire équipe avec son remplaçant, elle se méfie de tout et de tout le monde. Mais petit à petit, les scénaristes en montrent un peu plus sur cette femme qui ne lâche pas grand-chose coté émotion. Et résultat, la moindre trace d’affect devient une véritable tornade émotionnelle pour ce personnage taiseux. Et forcément, on s’attache. Et puis surtout, elle est intelligente. Mais pas intelligente à trouver la solution du prem’s. Non, elle, elle prend son temps autant que du recul pour trouver des solutions et ses raisonnements deviennent passionnants. Evidemment, comme très souvent à la télé américaine, l’interprète est parfaite. Totalement inconnue de mes services, elle s’est immédiatement issue au rang des meilleures actrices du moment.

- Joel Kinnaman : il joue Stephen Holder, l’autre flic de la série. Petit nouveau arrivé pour remplacer Sarah Linden, il doit avant tout prendre ses marques et faire ses preuves. Et avec son look de détenu et ses manies d’ex-junkie, il a un peu du mal à en imposer. Mais lui aussi est terriblement intelligent. Très différent de sa partenaire, il choisit toujours d’opérer avec des méthodes un peu borderline. Ca fait de lui un personnage remarquablement ambigu et les spectateurs ont à peu près autant de mal que le reste des personnages à se faire une idée précise de ce jeune flic. Pourtant, là encore, l’énorme talent du comédien et les indices que les scénaristes distillent petit à petit sur son passé et sur sa vie perso nous donnent à voir un personnage profond, creusé et terriblement attachant.

- Michelle Forbes : plus connue que les deux acteurs précédents (elle a joué entre autres dans Battlestar, 24 ou encore True Blood), elle interprète la mère de la victime. Elle crève littéralement l’écran dans un rôle pourtant pénible et peu sexy. Evidemment complètement bouleversée par la disparition de sa fille, elle permet d’appuyer le réalisme de The Killing : là où la plupart des séries policières s’intéressent essentiellement à l’avancée de l’enquête, ici, on prend son temps pour décrire le véritable séisme provoqué par la mort violente d’un proche. Comme pour l’enquête, le deuil est ici dépeint dans ses différentes phases : il est lent, difficile et douloureux. D’autant plus quand il est perturbé par une enquête qui piétine et qui donne des faux espoirs et de vrais coups bas. Michelle Forbes, plutôt habituée aux rôles de femmes fortes, confirme ce que je pensais d’elle : je m’étonne que personne ne lui ait encore proposé un rôle principal : elle a largement le charisme et le talent pour ça. Il parait qu’elle préfère les rôles secondaires, moins contraignants pour son planning.

- La pluie : The Killing se passe à Seattle et du coup, logiquement, il fait un temps pourri. Mais quand on dit pourri, ce n’est pas le fog londonien. Non, là, c’est la bonne pluie battante qui n’arrête pas du matin au soir : ça drache sévère, quoi. Ce détail climatologique donne toute son identité visuelle à la série. Froide, humide, dans les tons bleus, la photographie contribue à rendre l’ambiance générale peu chaleureuse. A la place des héros, on n’aurait qu’une envie : rester chez soi, sous sa couette. Ça sert parfaitement le récit puisqu’on a affaire à des personnages qui sont frileux, qui n’ont pas envie de se parler les uns les autres et qui se méfient de tout le monde. Une fois de plus (comme pour Mad Men ou Breaking Bad), le visuel d’une série d’AMC sert totalement le récit. Un régal pour les yeux.

Vous voilà prévenus, The Killing, c’est pas Modern Family, mais qu’est ce que c’est bien !



Pour ceux qui ont vu la première saison (et uniquement pour ceux-là), voilà une petite vidéo qui récapitule tout avant dimanche soir. Et oui, je viens de révéler un aspect de la saison 1 : tout n’est pas résolu à la fin de la saison. J’aurais aimé le savoir et en ça, le season finale m’avait un peu frustré. Mais à la veille du lancement de la saison 2, c’est un sentiment aujourd’hui bien oublié. 


PS: nouveau spoiler officiel de la chaine: les producteurs ont décidé de révéler que l'identité du tueur serait connue à la fin de la saison 2, pour ne pas impatienter les téléspectateurs... très sage décision, selon moi!

mercredi 28 mars 2012

Les séries sur fond vert

Ça fait plusieurs fois que je vois cette vidéo passer sur Facebook ou ailleurs, et à chaque fois, ça me bluffe totalement. Donc, je la partage à mon tour pour que vous soyez à votre tour ébahis!


Alors, z'êtes ébahis, hein?
On ne peux décidément rien croire de ce qu'on nous montre à la télé. Tout est pipeauté. Parfois, ça tombe sous le sens : l'énorme naufrage de Grey's Anatomy (série décidément toujours soucieuse de rester réaliste dans ses intrigues... bref.) est impossible à construire en décors réels pour un simple programme tv, et même probablement pour un long-métrage. De même, obtenir l'autorisation de filmer les marches du Congrès américain dans 24 semble un peu trop prise de tête pour des séquences souvent très courtes. Et puis, aller en haut de l'Himalaya ou devant le Kremlin est évidemment inenvisageable.
M'enfin parfois, ça me scotche. Pour le plan d'Ugly Betty qui commence à 0'28'', ou celui de Gossip Girl (pas sûr de moi) à 2'53'', je ne comprend pas. Ça me parait tellement plus simple d'aller tourner dans les rues de NY. Sex & the City le faisait bien chaque semaine. A moins qu'à l'époque il ne s'agissait déjà que d'un gros mensonge, mais je ne crois pas: le budget fond vert aurait dépassé le budget Manolo Blahnik, vu le nombre de séquences tournées dans la rue...

Allez, comme je suis sympa, je vous en mets une seconde vidéo, certains plans sont issus de la 1ère vidéo, et là aussi, certaines séquences (notamment avec Air Force One et des avions en flamme) sont impensables sans effets spéciaux numériques. Mais d'autres sont surprenants de simplicité...

 
Enfin, bref, ils sont forts ces Américains, ils n'hésitent pas à utiliser les meilleurs outils qu'ils ont à disposition... J'aime bien ces effets spéciaux invisibles. Ça m'épate presque plus que les énormes effets de Heroes (le seul point fort de la série), Battlestar Galactica ou V (particulièrement hideux dans la nouvelle version).


vendredi 23 mars 2012

Bref, j'ai regardé Bref (comme tout le monde)

Depuis la rentrée, Bref est peut-être la série qui a le plus fait parlé d’elle. Lancée sur Canal+ pendant le Grand Journal le 28 Aout 2011, la série connait un succès quasi-immédiat. On en parle partout, les profils Facebook et les comptes Twitter officiels explosent, les comédiens font la couv’ de tous les magazines (à commencer par le best of 2011 des Inrocks) et plus personne ne peut prononcer le mot "bref" sans qu’un p’tit rigolo à coté (et moi le premier) reprenne "Elle m’a regardé, je l’ai regardée, elle m’a regardé, j’ai regardé Kheiron, il m’a dit Baise-laaaaaa !". La France entière a (re)découvert subitement Kyan Khojandi et son festival  (hilarant) sur Youtube, Navo et son blog de la Bande Pas Dessinée, et les One-Man-Show des seconds couteaux de la série, comme Bérengère Krief, Kheiron et Baptiste Lecaplain. Les parodies se sont multipliées sur le net, parfois très drôles (comme , , ou ), parfois totalement nazes. Faire une vidéo "comme dans Bref" remplace et ringardise immédiatement les lipdubs et les flashmobs. En un mot (pour ne pas dire bref), la série est un phénomène absolu. On frise même l’overdose.


 
Pourtant, ce succès est largement mérité. La série est une énorme réussite. Pour ceux qui ne connaissent pas (mais QUI ne connait pas, sans déconner ?), il s’agit de pastilles de 2 minutes ultra rythmées et magnifiquement montées qui racontent la vie ordinaire d’un trentenaire lambda qui vit en colocation, qui s'ennuie au boulot et qui cherche surtout à choper. Sur le papier, ça n’est pas très vendeur. Et pourtant, l’utilisation de la voix off, du montage accéléré et surtout de l’écriture hyper juste rendent la série jubilatoire. C'est du vécu : il n'y a qu'à regarder les épisodes "Bref, j'ai eu 30 ans" et "Bref, je suis comme tout le monde" pour comprendre que le génie de l'écriture consiste à récupérer les petits riens de tous les jours qui sont communs à tout le monde.
 
Une fois le concept mis en place dans les premiers épisodes, Bref a eu l’énorme talent de ne jamais se reposer sur ses acquis. A chaque nouvel épisode, une nouvelle idée et une nouvelle façon de raconter les choses : le compteur de points pour repérer les jolies filles (ou les filles baisables, dirait Kheiron), les conditions générales du pote, le qui-est-ce pour repérer la target du frangin, la drague qui se présente sous la forme d’un plateau de jeu, le personnage qui représente "la solitude", la photo décortiquée dans les moindre détails, ou dernièrement les guests qui se multiplient avec moult private jokes à la minute… Bref innove toujours. 



Bref prend également grand soin de ses personnages. On ne dirait pas comme ça, mais l’univers de la série est ultra cohérent et l’histoire évolue petit à petit. Non seulement la love story entre Kyan et "cette fille" se concrétise, mais les histoires du père, du frère et du coloc’ du héros ont, elles aussi, pris de l’ampleur. Pour celui qui suit assidument la série, c’est très agréable. Du coup, avec des personnages bien travaillés et des situations qui évoluent au fur et à mesure des épisodes, Bref se permet le luxe d’être parfois sacrément émouvant avec "Bref, je suis vieille", "Bref, j'étais à coté de cette fille" et "Bref, j'y pense et je souris". Et ça, c’est la preuve selon moi que la série est parfaitement réussie.
 

Dernier coup de génie des créateurs de la série : avoir obtenu que Canal+ laisse l’intégralité des épisodes en ligne pendant une durée illimitée (contrairement aux autres programmes courts de la chaîne qui ne restent disponibles que quelques jours)*. Quand on voit qu’actuellement le DVD des premiers épisodes fait partie des meilleures ventes à la Fnac, on peut y voir un bel argument en faveur du partage gratuit des données numériques : ça n’empêche pas les spectateurs qui aiment la série d’acheter le DVD. Au contraire, plus ils regardent, plus ils aiment, et plus ils sont tentés par l’achat du produit.


Bref, merci à Harry Tordjman, Kyan Khojandi et Bruno "Navo" Muschio d’avoir proposé une série innovante et d’avoir fait souffler un vent de fraicheur sur Canal+.

* La contrepartie c'est que Canal+ surveille que les vidéos de Bref ne tournent pas sur Youtube ou Dailymotion pour s'assurer que les internautes viennent sur leur site. Fairplay. Mais du coup, impossible de poster de vidéo de Bref ici.

mercredi 21 mars 2012

Awake: un concept complexe mais intriguant


Je viens de regarder l’un des pilotes les plus intrigants de l’année. Honnêtement je ne suis pas très sûr que la série arrive à tenir la route tant le concept est alambiqué. Je déteste dire ça, mais je pense qu’instinctivement, j’aurais pensé à un long-métrage pour développer une idée pareille. M’enfin, j’ai quand même bien envie de regarder la suite, pour voir comment les scénaristes vont faire évoluer leur sujet, parce que pour le moment, ça m’a bien plus. Ce pilote, c’est celui d’Awake, diffusé sur NBC.

Awake, c’est l’histoire d’un flic, Michael Britten, marié et père de famille (joué par Jason Isaacs, le Lucius Malefoy de Harry Potter, les cheveux blonds en moins) dont la vie bascule étrangement, suite à un accident de voiture qu’il a avec sa famille. A partir de ce jour-là, Michael évolue dans deux réalités différentes : dans l’une d’elle, son fils de 15 ans, Rex, n’a pas survécu au drame ; dans l’autre, c’est sa femme, Hannah qui a trouvé la mort dans l’accident. Chaque fois qu’il s’endort dans une réalité, Michael se réveille instantanément dans l’autre. Contrairement à ce que lui disent ses psys (un différent dans chaque monde), Michael est persuadé qu’aucun de ces univers n’est un rêve. Et il n’a aucunement l’intention de régler son problème puisque cela impliquerait qu’il doive renoncer à l’un des deux êtres les plus chers de sa vie. Détail important : la série démarre un certain temps après le drame, quand la situation est déjà bien installée et le deuil en partie accompli, ce qui évite au récit de tomber dans un pathos un peu plombant.

Parallèlement à ce dilemme familial, Michael continue sa vie de flic, avec des partenaires différents et sur des affaires différentes. Mais les indices d’une affaire font souvent écho à l’enquête qui a lieu dans l’autre monde. Pour moi, c’est là que le bât blesse : cette volonté de vouloir que les deux mondes se répondent par des coïncidences permanentes risque de devenir une énorme facilité ou un leitmotiv un peu lourd s’il est repris dans chaque épisode. Il me semble que je me serais concentré sur la vie familiale du héros, pourtant déjà bien développée.

Pour aider à comprendre dans quel monde on évolue, la photographie de la série change d’une séquence à l’autre. Bleue et froide dans le monde du fils, la série adopte des tons plus chauds dans celui de la femme. Le héros lui-même porte au poignet un élastique de couleur différente pour être sûr de ne pas faire de confusion. Et par là même, il aide aussi pas mal le spectateur, quelque fois un peu perdu, il faut bien le dire.


Voilà, je trouve ce mélange de Inception et de Pile et Face assez intéressant. Cependant, j’ai un peu peur que le concept très (trop ?) sophistiqué ne finisse par avoir raison de la série. Ça s’est déjà vu, avec une série comme les 4400 ou comme FlashForward. Mais je garde espoir pour celle-ci.
Et c’est en partie pour ses comédiens, qui ont pour beaucoup un capital sympathie assez fort : Laura Allen, qui joue la femme de Michael, faisait justement partie du cast des 4400. Dylan Minette, le fils, avait fait une brève apparition très remarquée dans la sixième saison de Lost. Wilmer Valderrama, l’inoubliable Fez’ de That’s 70’s Show, casse son image de petit rigolo pour celle d’un jeune flic. Et Cherry Jones, la présidente Taylor de 24, devient la psy de Michael dans le monde de Rex.

Bref, contrairement à Touch, j’attends de voir ce que va donner ce concept. J’ai envie d’y croire mais j’ai de sérieux doutes. Je pense que l’idée de base va être dure à tenir sur la longueur.