vendredi 30 mars 2012

The Killing : le parfait polar

En ce moment, les semaines sont chargées sur la chaine câblée AMC(toujours elle): alors que The Walking Dead vient d’achever sa deuxième saison avec des records d’audience absolus et que Mad Men a entamé sa cinquième saison avec succès, la chaine s’apprête à lancer la deuxième saison de The Killing, une autre bombe visuelle et narrative apparue sur les écrans l’année dernière. Pour ceux qui douteraient encore ou qui ne connaitraient pas la série, voilà 5 raisons pour lesquelles je considère que cette série est un must-see absolu :

 

- l’enquête : adaptée d’une série danoise, The Killing suit l’enquête policière de deux flics autour du meurtre d’une jeune fille retrouvée noyée et mutilée dans le coffre d’une voiture. Dit comme ça, rien d’étonnant. Pourtant, et c’est là que la série porte bien son nom, l’originalité du récit vient du fait que toute la saison ne va tourner qu’autour d’un seul meurtre. Pas de sous-intrigues secondaires autour d’autres affaires pour divertir le spectateur, pas de digressions pour parler d’autre chose. The Killing, c’est un peu l’anti-Experts (que j’aime beaucoup dans sa version Vegasienne, ne nous y trompons pas) : au lieu de chercher l’efficacité, le rythme et la rapidité, on privilégie le réalisme du récit, la pénibilité d’une enquête et la complexité de la résolution de celle-ci. Ici, les tests ADN n’arrivent pas en 10 minutes et l’analyse des vidéos de surveillance ne permettent pas de faire des zooms x 3 000 sur l’étiquette du col de chemise d’un suspect. Non, ici, les flics réfléchissent, interrogent, se trompent, recommencent… Tout est laborieux, et donc bien plus crédible. Et finalement, le téléspectateur se retrouve à partager la fatigue et le stress des personnages principaux.
 

- Mireille Enos : elle interprète l’inspecteur Sarah Linden, le personnage principal de la série. Pas particulièrement jolie, peu mise en valeur, plutôt taciturne et ronchon, elle campe une flic de prime abord assez peu aimable. En plein déménagement –elle doit quitter la grisaille de Seattle pour retrouver son fiancé sous le soleil de Californie- elle ne peut s’empêcher de s’intéresser à une dernière enquête, celle qui ne va cesser de reporter son départ pour le sud pendant toute la saison. Forcée de faire équipe avec son remplaçant, elle se méfie de tout et de tout le monde. Mais petit à petit, les scénaristes en montrent un peu plus sur cette femme qui ne lâche pas grand-chose coté émotion. Et résultat, la moindre trace d’affect devient une véritable tornade émotionnelle pour ce personnage taiseux. Et forcément, on s’attache. Et puis surtout, elle est intelligente. Mais pas intelligente à trouver la solution du prem’s. Non, elle, elle prend son temps autant que du recul pour trouver des solutions et ses raisonnements deviennent passionnants. Evidemment, comme très souvent à la télé américaine, l’interprète est parfaite. Totalement inconnue de mes services, elle s’est immédiatement issue au rang des meilleures actrices du moment.

- Joel Kinnaman : il joue Stephen Holder, l’autre flic de la série. Petit nouveau arrivé pour remplacer Sarah Linden, il doit avant tout prendre ses marques et faire ses preuves. Et avec son look de détenu et ses manies d’ex-junkie, il a un peu du mal à en imposer. Mais lui aussi est terriblement intelligent. Très différent de sa partenaire, il choisit toujours d’opérer avec des méthodes un peu borderline. Ca fait de lui un personnage remarquablement ambigu et les spectateurs ont à peu près autant de mal que le reste des personnages à se faire une idée précise de ce jeune flic. Pourtant, là encore, l’énorme talent du comédien et les indices que les scénaristes distillent petit à petit sur son passé et sur sa vie perso nous donnent à voir un personnage profond, creusé et terriblement attachant.

- Michelle Forbes : plus connue que les deux acteurs précédents (elle a joué entre autres dans Battlestar, 24 ou encore True Blood), elle interprète la mère de la victime. Elle crève littéralement l’écran dans un rôle pourtant pénible et peu sexy. Evidemment complètement bouleversée par la disparition de sa fille, elle permet d’appuyer le réalisme de The Killing : là où la plupart des séries policières s’intéressent essentiellement à l’avancée de l’enquête, ici, on prend son temps pour décrire le véritable séisme provoqué par la mort violente d’un proche. Comme pour l’enquête, le deuil est ici dépeint dans ses différentes phases : il est lent, difficile et douloureux. D’autant plus quand il est perturbé par une enquête qui piétine et qui donne des faux espoirs et de vrais coups bas. Michelle Forbes, plutôt habituée aux rôles de femmes fortes, confirme ce que je pensais d’elle : je m’étonne que personne ne lui ait encore proposé un rôle principal : elle a largement le charisme et le talent pour ça. Il parait qu’elle préfère les rôles secondaires, moins contraignants pour son planning.

- La pluie : The Killing se passe à Seattle et du coup, logiquement, il fait un temps pourri. Mais quand on dit pourri, ce n’est pas le fog londonien. Non, là, c’est la bonne pluie battante qui n’arrête pas du matin au soir : ça drache sévère, quoi. Ce détail climatologique donne toute son identité visuelle à la série. Froide, humide, dans les tons bleus, la photographie contribue à rendre l’ambiance générale peu chaleureuse. A la place des héros, on n’aurait qu’une envie : rester chez soi, sous sa couette. Ça sert parfaitement le récit puisqu’on a affaire à des personnages qui sont frileux, qui n’ont pas envie de se parler les uns les autres et qui se méfient de tout le monde. Une fois de plus (comme pour Mad Men ou Breaking Bad), le visuel d’une série d’AMC sert totalement le récit. Un régal pour les yeux.

Vous voilà prévenus, The Killing, c’est pas Modern Family, mais qu’est ce que c’est bien !



Pour ceux qui ont vu la première saison (et uniquement pour ceux-là), voilà une petite vidéo qui récapitule tout avant dimanche soir. Et oui, je viens de révéler un aspect de la saison 1 : tout n’est pas résolu à la fin de la saison. J’aurais aimé le savoir et en ça, le season finale m’avait un peu frustré. Mais à la veille du lancement de la saison 2, c’est un sentiment aujourd’hui bien oublié. 


PS: nouveau spoiler officiel de la chaine: les producteurs ont décidé de révéler que l'identité du tueur serait connue à la fin de la saison 2, pour ne pas impatienter les téléspectateurs... très sage décision, selon moi!

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