jeudi 21 juin 2018

Sense8 : l'ultime playlist


Ça fait maintenant deux semaines que le final de Sense8 est sorti et je n’en ai toujours pas parlé ici. Alors pour faire court, non, ça n’est pas le meilleur épisode de la série, oui, c’est un peu bourratif et surchargé, mais oui, j’ai aimé malgré tout et oui, je suis un peu triste de ne plus revoir ces personnages. Alors pour faire durer le plaisir et puisqu’il est de coutume de fêter la musique en ce 21 juin, voilà une playlist qui passe pas mal en boucle dans mes oreilles depuis deux semaines. C’est cadeau, enjoy !


Bonus - Sense8 Title theme – Johnny Klimek, Tom Tykwer (tous les épisodes) : le générique de la série est un incontournable pour se mettre dans le bain. Et de manière plus globale, la musique originale de Klimek et Tykwer (collaborateur fidèle des Wachowski) est une réussite.


1/ Hallelujah – Jeff Buckley (Christmas Special S02E01) :  un morceau absolument indémodable pour fêter Noël entre sensates.

2/ Feeling Good – Avicii (Christmas Special S02E01) : magnifique morceau, sensuel au possible pour lancer cette saison 2 à grands renforts de corps à moitié dénudés nageant au milieu de la Méditerranée.

3/ Memory Gospel – Moby (S02E02) : musique quasi mystique pour accompagner Nomi et Will sur les traces de Sara Patrell, la première sensate ayant marquée l’enfance de Will.

4/ All my Days – Alexi Murdoch (S02E03): libérés de l’emprise de Whispers, Will et Riley peuvent enfin profiter de la chaleur du soleil d’Amsterdam, bientôt rejoints par leurs 6 moitiés, avec en toile de fond la voix nostalgique d’Alexi Murdoch.

5/ Wise Enough – Lamb (S02E06) : déclarée chanson la plus sensuelle de monde par mes soins après avoir vu Kala, Wolgang, Capheus et Zakia faire l’amour dans un montage plus langoureux que jamais.

6/ What’s Up – 4 Non Blondes (S01E04): LA chanson emblématique de la série. Incontournable. Inoubliable. Hymne absolu de Sense8.


7/ Home We’ll Go – Walk off the earth, Steve Aoki (Christmas Special S02E01): Le début d’une série de musiques toutes plus entrainantes les unes que les autres pour fêter l’anniversaire de nos héros aux quatre coins du monde.

8/ Huff + Puff – Just a Band (Christmas Special S02E01): la suite du morceau précédent pour monter dans les tours et aller plus loin dans les rythmes festifs.

9/ Knockdown – Davec202, Gino G  (Christmas Special S02E01) : Riley et Kala prennent les platines pour finir cette soirée d’anniversaire en beauté sur le dancefloor.

10/ Back Where I Belong (feat. Avicii) – Otto knows (S02E06): Lito enflamme la gay pride de Sao Paulo avec le toujours sexy Hernando et sa bande de sensitifs.

11/ Demons – Fatboy Slim, Macy Gray (S01E06): séquence inoubliable de la saison 1, première orgie sexuelle de la série. Un montage terriblement sensuel, une voix qui ne l’est pas moins. Un bijou.

12/ I’d love to Change the World – Jetta (Christmas Special S02E01): autre orgie inoubliable de la série, toujours aussi érotique, envoutante, charnelle.

13/ The Sharing Song – Jack Johnson (S02E05) : petit moment de détente pour Sun (et ils sont rares) où elle peut profiter en paix de son chien et de son mentor.

14/ I feel you – Depeche Mode (Finale S02E12): Première pause dans ce final surexcité et vrai moment de kiff entre sensates sur les routes napolitaines.


15/ Chan chan – Leandro Gonzales (Christmas Special S02E01): dernier morceau plus sensuel, plus latin, de l’énorme teuf d’anniversaire des Sensates.

16/ Nothing Matters When We’re Dancing (Finale S02E12): musique douce et légère qui accompagne le happy end de la série et accessoirement le mariage de Nomi et Amanita. La suite, remixée vient enflammer le dancefloor.

17/ Mad World – Marius Furche (S01E09) : musique entendu plusieurs fois dans la saison 1, souvent pour illustrer les déboires amoureux de ce pauvre Lito.

18/ Saeglopur - Sigur Ros (S01E11): Scène finale de la première saison, les sensates fuient l'Islande sur un bateau, apaisé le temps d'un coucher de soleil.
 


19/ Concerto No5 : I. Allegro – Ludwig van Beethoven (S01E10): les sensates se souviennent de leur naissance dans un montage terriblement émouvant sur fond de musique classique éternelle.

20/ Experience – Ludivico Einaudi (Finale S02E12) : Dernière musique, dernière orgie de la série, dernière scène aussi. Sensuelle, envoutante, inoubliable. Une vraie perle.


Bonus / Rather be – Clean Bandit, Jesse Glynne (Finale S02E12): hors-série, la musique accompagne le générique finale sur fond d’images de tournage et rend une dernière fois hommage aux fans qui ont porté la série et à qui est dédié le final.


Il y en a encore beaucoup d’autres, mais ces vingt-là sont celles qui m’auront fait le plus vibrer ou danser pendant les deux saisons de cette série certes imparfaite mais tellement tellement importante. Tu vas nous manquer, Sense8. Bonne fête de la musique à tous !


dimanche 17 juin 2018

Manhunt : Unabomber : une petite bombe (trop) discrète


En un week-end seulement, je viens de m’avaler sur Netflix les huit épisodes d’une mini-série américaine qui raconte comment un agent du FBI redéfinit les règles du profiling pour attraper un criminel lors d’une enquête inspirée de faits réels. Alors non, malgré les apparences, il ne s’agit pas de Mindhunter, série au demeurant très réussie et qui, d’ailleurs, vaut largement le coup d’œil. Non, il s’agit ici de Manhunt : Unabomber, une série originellement diffusée sur Discovery Channel durant l’été 2017 et proposée en France sur Netflix depuis décembre 2017.


Dans la lignée d’American Crime Story ou  Making a Murderer, la série raconte les dernières années d’enquête du FBI pour tenter d’appréhender Unabomber, un terroriste ayant terrifié les Etats-Unis entre 1978 et 1995 en faisant exploser plus d’une quinzaine de bombes artisanales qui tuèrent trois personnes et en blessèrent 23 autres. Si elle est tout juste connue en France, cette affaire a défrayé la chronique aux USA, faisant de Unabomber, de son vrai nom Ted Kaczynski, l’un des hommes les plus recherchés de la fin du XXe siècle. L’un des faits marquants de cette chasse à l’homme fut la rédaction d’un manifeste éminemment politique dans lequel l’auteur de ces attentats expliquait sa vision alarmiste de la société de consommation industrielle et ses méfaits sur la liberté et le libre-arbitre des citoyens.

C’est sur ce manifeste que se penche tout particulièrement la série puisque celle-ci utilise cette publication pour présenter la mise en place d’une branche méconnue de la police scientifique : l’analyse linguistique.
Sam Worthington (qu’on ne voit pas assez au cinéma et à la télé, pour cause de tournage marathon des multiples suites d’Avatar) y incarne Jim Fitzgerald, un agent fraichement débarqué dans la cellule de crise qui planche sur l’affaire Unabomber. En partant des écrits, des lettres puis du fameux manifeste écrits par l’auteur des bombes, il analyse le style, la grammaire, le vocabulaire mais aussi la mise en page et la présentation de ces documents pour un tirer un portrait-robot du coupable. Persuadé que sa stratégie est la bonne, il se confronte à sa hiérarchie (Chris Noth en tête), assez peu convaincue du bienfondé de ces théories. Alors bien sûr, seul contre tous, Fitzgerald va finir par prouver qu’il a raison.
Mais là n’est pas la question puisque le spectateur sait dès le premier épisode que l’enquête aboutira à l’arrestation de Kaczynski. En effet la série se déroule parallèlement sur deux timelines : l’une en 1995, dans les derniers mois qui précèdent l’arrestation du coupable, l’autre en 1997, lors du procès de ce dernier et de sa confrontation avec celui qui causa sa perte deux ans auparavant. Ainsi, l’enjeu n’est pas tellement de savoir qui a commis ces actes terroristes ni de savoir si le FBI arrivera à ses fins mais bien de comprendre comment un homme puis une équipe réduite ont mis sur pied une nouvelle discipline pour atteindre des résultats. Et en cela, la série est aussi didactique que passionnante et addictive : épisode après épisode, on comprend l’étendue de cette science nouvelle qui analyse les moindres fautes de frappes, les moindres détails de pagination pour établir le profil du tueur. C’est fascinant. Et surtout c’est limpide, mais jamais simpliste. Bref, de la bonne écriture à l’américaine, comme on aime.

S’ajoute à cette storyline de 1995 celle de 1997, un brin en décalage avec le reste de la série. Les scènes de confrontation entre Fitzgerald et Kaczynski (délicieusement incarné par Paul Bettany) n’ont finalement pas grand-chose à voir avec l’enquête en elle-même. Elles s’attachent d’avantage à montrer l’impact que l’enquête et notamment le contenu du manifeste a eu sur l’agent Fitzgerald. Celui-ci ayant perdu presqu’un an de sa vie et sa famille pour poursuivre Kaczynski, il en ressort marqué naturellement. Et on se demande si, à force de relectures sans fin du manifeste, il n’a pas fini par épouser les idées du terroriste. Les tête-à-tête opposant les deux hommes sont donc particulièrement chargés émotionnellement, chacun voulant prouver à l’autre qu’il a l’ascendant psychologique sur son interlocuteur. Jolies prouesses d’écriture et de jeu (les deux hommes sont vraiment parfaits), ces scènes permettent à la série de s’éloigner de l’enquête classique pour donner un peu de profondeur à l’ensemble. Et au passage faire réfléchir le spectateur sur la souciée de consommation telle qu’on la connait aujourd’hui.

Rondement menée en huit épisodes, la série a choisi un format parfaitement adapté à son sujet. C’est assez rare pour être notifié mais il n’y a pas de temps mort dans Manhunt : Unabomber. Pas de surplus, pas de longueur. On va à l’essentiel et c’est terriblement efficace. Pour une fois, on a l’impression que le sujet de l’histoire a dicté le nombre d’épisodes aux auteurs et donc à la production, et non l’inverse.
La réalisation de Greg Yaitanes est superbe – pas étonnant pour cet habitué des séries de qualité (Banshee, Dr House ou Lost). Peut-être un peu moins léchée que sa cousine Mindhunter, elle tient malgré tout largement la comparaison avec la série de Fincher.


La série aurait pu s’appeler simplement Unabomber mais Discovery Channel a décidé de lui ajouter un préfixe Manhunt. Sans doute en prévision d’une saison deux sur une tout autre affaire, en cas de succès de ce premier opus. Pour le moment, rien n’est annoncé. Cela veut-il dire que la série n’a pas rencontré son public ? C’est bien dommage parce que Manhunt : Unabomber est une vraie réussite venant d’une chaine qu’on n’attendait pas sur ce créneau-là ; alors profitons que Netflix ait récupéré les droits de cette petite perle pour faire connaitre un peu plus ce thriller accrocheur.


mercredi 9 mai 2018

The Looming Tower : un tour de force


C’est toujours très frustrant lorsqu’une petite perle télévisuelle paraît passer totalement inaperçue. C’est le cas de The Looming Tower qui a achevé sa diffusion il y a près d’un mois sur Hulu et qui ne semble pas avoir passionné les foules. Cette série bouclée de 10 épisodes est adaptée du livre de Lawrence Wright et relate la succession d’événements qui ont mené au 11 septembre 2001. Ou plus exactement la succession d’erreurs commises par le FBI et la CIA qui, a posteriori, auraient pu être évitées si la collaboration entre les deux agences avait été meilleure. Alors certes le sujet est moins funky que La Casa del Papel ou que RuPaul’s Drag Race et c’est peut-être ça qui lui a valu d’être moins médiatisée, mais The Looming Tower est une grande série.


Le fond de la trame est donc évidemment connu de tous et l’issue de l’enquête des deux agences est vouée au désastre dès le premier épisode. On sait qu’ils échoueront, on sait que cela sera un drame sans précédent, on sait que les tours tomberont. Mais c’est ça qui fait de la série sa grande force : pour parler d’un drame aussi médiatisé que le 11 septembre, les auteurs choisissent de présenter les événements moins connus qui se sont déroulés entre 1998 et 2001 en ayant parfaitement en tête que le public a une longueur d’avance sur les personnages. À chaque décision prise, à chaque discussion, le spectateur assiste impuissant à la mise en place d’un désastre. De la première mention à Oussama Ben Laden jusqu’à la dernière scène à la Maison Blanche qui voit Condoleezza Rice annoncer la future riposte -injustifiée- contre l’Irak, le spectateur frémit par anticipation. Et c’est aussi passionnant qu’inquiétant. 
La série (et le livre dont elle est issue) paraît manifestement extrêmement documentée et assez proche de la vérité. La preuve en est que les archives réelles de quelques scènes sont parfois diffusées à la fin de l’épisode. Certes certains éléments sont sans doute romancés pour la bonne construction de la série, mais dans l’ensemble, les scénaristes dépeignent les événements tels qu’ils se sont probablement déroulés. Et c’en est d’autant plus glaçant.
Mais, justement parce qu’elle relate des événements réels, la série se garde bien de tomber dans le voyeurisme. Les images ont déjà fait le tour de monde ; nul besoin d’en remettre une couche ici. On ne cherche pas à traumatiser le spectateur. Le but n’est pas de montrer les attentats du World Trade Center, de l’USS Cole ou des ambassades américaines en Afrique, mais bien de tenter d’expliquer comment de tels drames ont pu se produire.

Mais alors à quoi bon regarder une série sur un sujet largement traité dans les documentaires et les journaux? La réponse est simple : pour les personnages. Et leurs interprètes.
Qu’il s’agisse des agents du FBI, de ceux de la CIA ou des terroristes, tous les personnages de cette série sont écrits avec beaucoup de subtilité, de finesse. Chaque personnalité est superbement dessinée. Pas une scène n’est inutile dans cette série. Si elles ne font pas avancer l’action ou l’enquête, elles sont là pour aider le spectateur à mieux comprendre les protagonistes. En cela, on pourrait s’interroger, par exemple, sur le bienfondé des scènes présentant la vie amoureuse et/ou sexuelle des deux personnages principaux. Elles sont en réalité indispensables pour s’attacher à ces deux personnalités qui évoluent dans un monde professionnel qui ne laisse pas tellement de place à l’expression des sentiments. Tout comme les scènes qui montrent nos héros pratiquant leur religion, l’un étant catholique, l’autre musulman. Indispensables dans une série où la religion et ses extrêmes ont tant d’importance.
Petit conseil au passage : ne cherchez pas les noms des personnages sur internet. Vous risqueriez comme moi de vous faire spoiler en consultant les pages Wikipedia des personnes réelles dont ils sont tirés.

On le savait déjà mais Jeff Daniels et Peter Sarsgaard sont absolument parfaits. D’ailleurs il serait largement temps qu’on accorde plus de place dans le monde sériel à ce dernier. Il était incroyable dans The Killing, il est formidable ici aussi.
Et ça fait incroyablement plaisir de retrouver Jeff Daniels dans un rôle digne de celui de The Newsroom.
Mais la vraie star de cette série, c’est Tahar Rahim. On ne s’étonne plus de son talent qui n’est plus à prouver. Mais c’est toujours un vrai bonheur de voir un petit frenchie jouer dans la cour des grands et s’en sortir avec brio. Et même au-delà parce qu’honnêtement, il pique souvent la vedette à ses partenaires. En anglais et/ou en arabe. L’ultime scène de la série qu’il porte sur ses épaules, comme beaucoup d’autres, compte parmi les plus réussies de cette année sérielle. Well done, Tahar !


Dommage donc que The Looming Tower ne connaisse pas un plus grand succès. Complexe sans être compliquée, intelligente mais pas prétentieuse, elle s’inscrit parmi les meilleures séries géopolitiques qu’il m’ait été donné de voir. Je pense que regarder cette série aide à mieux comprendre ce début de 21e siècle. Rien que ça.