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vendredi 20 février 2015

Quand l'élève dépasse le maître


La série a à peine recommencé que la fin de la saison arrive déjà. A n’en pas douter, qu’on aime ou qu’on déteste, How to Get Away with Murder est l’un des évènements sériels incontournables de l’année. Et avec lui, il a amené un autre évènement qui a fait tout autant de bruit : le personnage de Connor Walsh. Chouchou du public, ce jeune avocat sexy et sans scrupule a rapidement attiré l’attention sur lui et sur Jack Falahee, le comédien bogosse qui l’interprète. Et ce, grâce à quelques scènes torrides qui ont enflammé les réseaux sociaux et à une micro-polémique qui s’en est suivi – menée par Shonda Rhimes herself – sur la place des personnages gays dans les séries grand public. Mais alors, Connor serait-il sur le point de prendre la place d’Annalise (Viola Davis), héroïne de la série ? Ce personnage pas si principal que ça serait-il capable de tirer la couverture à lui ? La saison 2 nous le dira (si saison 2 il y a) mais c’est fort possible. Et c’est déjà arrivé. Passage en revue de ces héros secondaires qui ont fini par attirer tous les projecteurs dans leur direction.

Barney Stinson (How I met your Mother):
il est de loin le personnage le plus mémorable de la série. Génialement interprété par le toujours parfait Patrick Neil Harris, c’est à Barney que revient toutes les répliques cultes de la série ("Haaaave you met Ted ?", "It’s gonna be legen… wait for it… dary !", "Suit up !") et les running jokes les plus attendues (le slap bet, le bro code). Pourtant à la base, Barney n’est pas spécialement mis en avant. Ni plus ni moins que ses potes. Il est même plutôt le faire-valoir de Ted. Mais le talent du comédien et la personnalité de Barney le propulsent rapidement sur le devant de la scène. Et peu à peu, tout ce qui concerne ce personnage devient hénaurme. Les scénaristes se lâchent, osent tout et adoptent même un style un peu particulier, plus absurde, pour écrire sur ce personnage. Quitte même à déséquilibrer la série : peu à peu, ça devient le Barney Stinson show et on en oublierait presque les quatre autres personnages. Très drôle, très (trop ?) présent, c’est pour lui qu’on regarde HIMYM



Jack McFarland et Karen Walker (Will and Grace):
Tout comme Barney Stinson, Jack et Karen sont à la base les faire-valoir respectifs de Will et Grace. Très vite pourtant, le duo attire l’attention sur lui et les deux personnages aussi barrés l’un que l’autre deviennent les véritables héros de la série dans le cœur du public. Bien sûr, la relation de Will et Grace reste au centre des problématiques mais peu à peu celles de Karen et de Jack gagnent en profondeur, tout en restant, il faut bien le dire, beaucoup plus drôles. La popularité des deux est telle qu’un spin-off centré sur ses deux personnages est même envisagé pendant un moment avant d’être oublié (en partie en raison du bide que fait Joey à ce moment-là).


Ari Gold (Entourage) :
A l’origine, l’agent de Vincent Chase avait une place bien à part dans la série. Plus âgé que les autres personnages, il ne fait pas partie de la bande de potes du héros. Il est quasi-anecdotique. Seulement voilà, le jeu survolté de Jeremy Piven et les répliques politiquement incorrectes de son personnage contribuent à faire de ce dernier le chouchou de la série. Larger than life, Ari ose tout et chacun de ses pétages de plomb provoquent l’hilarité. Les scénaristes finissent même par lui créer son univers propre avec la fameuse Mme Gold et Lloyd, son assistant souffre-douleur. Pourtant, la grande réussite de la série est, selon moi, d’avoir réussi à donner autant d’importance à Ari sans oublier les autres personnages qui gagnent eux aussi en profondeur au fil des saisons (#TeamTurtle).

Steve Urkel (La vie de famille):
Jusque-là, les exemples présentés concernaient des personnages inclus dans le casting d’origine. Ca n’est pas le cas de Steve Urkel. Totalement absent des premiers épisodes de la série, il n’apparait que dans le douzième épisode de la première saison. Celui qui ne devait faire, à l’origine, qu’une simple apparition devient très rapidement le pilier de la série. Voisin amoureux de Laura, la fille des Winslow, ce petit geek au look improbable et à la voix aussi aigüe qu’insupportable prend toute la place. Il est de tous les épisodes, de toutes les scènes. Il devient le visage de la série. Jolie performance de la part de Jaleel White qui aura, il faut bien le dire, du mal à se détacher de son image urkelienne.

Ben Linus (Lost) :
Comme Steve Urkel, Ben Linus n’était pas destiné à prendre autant d’importance dans la série de JJ Abrams. Engagé à l’origine pour trois épisodes, Michael Emerson impressionne pourtant les producteur dans son interprétation de celui qui se fait encore appeler Henri Gale. Son charisme et son ambiguïté fascinent, à juste titre. Sa storyline est alors allongée de quelques épisodes. Mais finalement, sa popularité est telle qu’il finit par devenir le chef des Autres, les fameux ennemis des survivants du vol 815. Acteur absolument génial, Emerson a contribué à faire de Ben Linus l’un des méchants les plus réussis du petit écran et a imposé son personnage au rang de régulier pendant plusieurs saisons.



Carol Hathaway (Urgences) :
Dans la série "mon personnage doit tout à ma prestation", Julianna "Carol" Margulies se pose un peu là aussi. Dans le script d’origine, Carol ne devait pas survivre à sa tentative de suicide à la fin du pilote. Mais les projections tests réalisées à l’époque démontrent que Carol obtient immédiatement la forte sympathie du public. Impossible pour les producteurs d’ignorer l’impact positif de Margulies sur les spectateurs: certaines scènes sont retournées en urgence (sic) pour indiquer que le personnage survit finalement à sa tentative. Et Carol se voit intégrée au générique de la série en tant que personnage principal. Sans devenir l’héroïne de la série, elle en est malgré tout l’une des rares représentantes de la gente féminine. Elle est également pendant bien longtemps la seule infirmière parmi cette équipe de médecins que sont les personnages principaux. Well done !

Amanda Woodward (Melrose Place):
En fin de saison 1, Melrose Place ne connait pas encore le succès qui sera le sien plus tard. Le personnage d’Amanda Woodward, interprété par la dynastique Heather Locklear, arrive pour perturber l’idylle naissante entre Alison et Billy. Commence alors la longue carrière de la reine des bi-atchs dans une série qui en compte pourtant un sacré nombre (Kimberly, Sydney, si vous me lisez…). Amanda devient la véritable pierre angulaire de la série. Il n’y en a plus que pour elle. A compter du moment où elle entre en scène, elle est la seule à apparaître dans tous les épisodes, jusqu’à la fin de série. Locklear maintient d’ailleurs ce statut privilégié en obtenant que son nom apparaisse au générique avec la mention "Avec la participation spéciale de". En 2009, lorsque les audiences du spin-off Melrose Place 2009 peinent à décoller, la chaine CW joue son va-tout en annonçant à grand renfort de promotion l’arrivée de la diabolique Amanda. Mais cette fois-ci, ça ne prend pas et la série est annulée à l’issue de sa première saison.

Joey Potter (Dawson) :
Au début, la série se focalise essentiellement autour des amours de Dawson et Joey, contrariées par l’arrivée de Jen (Michelle Williams, créditée alors comme premier personnage féminin). Mais rapidement, les scénaristes semblent ne plus savoir quoi faire du gentil quoique benêt Dawson. Alors on colle dans les pattes de Joey le non moins gentil Pacey, un brin plus charismatique. La belle se retrouve au cœur des intrigues. Il faut alors se rendre à l’évidence : c’est elle la clé du succès de la série ; le juvénile minois de Katie Holmes ainsi que ses mimiques maniérées y sont pour beaucoup. Dans les dernières saisons, cette suprématie du personnage est encore plus flagrante. Lorsque la série quitte Capeside et emménage à Boston, on y suit Joey et non pas Dawson, comme le titre de la série aurait pu le laisser penser. Elle est d’ailleurs la seule actrice du casting à faire partie de tous les épisodes de la série. Comme quoi, il aurait mieux valu appeler la série Joey’s Creek. Après tout, elle aussi y habitait, dans cette fameuse crique.



Le propre d’une série est d’être une œuvre de fiction qui évolue avec le temps, qui se transforme, qui grandit. Et parfois, la popularité d’un personnage ou le charisme d’un comédien forcent les scénaristes à emprunter des directions souvent inattendues aux débuts de ladite série. Et c’est là tout la beauté de l’écriture sérielle. Gageons que le cas de Connor Walsh n’échappe pas à la règle et suive les cas précédemment cités en s’imposant comme le futur personnage clé de HTGAWM.


Un merci tout particulier à mon ami Jean-Maxime Renault, que vous pouvez lire ici, et . Thks buddy! ;)

lundi 23 janvier 2012

Meilleurs ennemis

En écrivant un post sur Boss, je me suis interrogé sur les personnages mauvais, les méchants dans les séries télé. J’ai d’abord constaté qu’un grand nombre de séries présentaient des personnages principaux à la morale douteuse (Boss, Breaking Bad, les Sopranos, Dexter, Dirty Sexy Money, Boardwalk Empire pour n’en citer que quelques unes). J’ai surtout constaté que dans d’autres séries où les héros incarnaient des valeurs plus légales, les personnages secondaires mauvais recevaient souvent un soutien très fort des téléspectateurs, parfois plus fort que les héros. J’y vois au moins trois raisons, qui varient selon les genres de série dans lesquelles ils apparaissent :

- Dans les comédies, ils nous font rire : les personnages de méchants y sont particulièrement jouissifs. Sans limite, ils expriment tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Ils sont politiquement incorrects et lancent des répliques souvent extrêmement borderlines.
Des exemples : Ling dans Ally McBeal était égoïste, méprisante, peste, insultante mais hilarante. Apparue au début en tant que guest, ses répliques qui tuent et ses rugissements de lions lui ont permis de s’élever au rang de personnage principal. 
Dans Glee, le personnage de Sue Sylvester compte parmi les plus populaires de la série, même si à la base, les créateurs de la série n’étaient pas surs qu’elle reviendrait dans la série(son interprète (Jane Lynch) s’étant engagée sur un autre série qui n’a finalement pas vue le jour). Pourtant, la coach des pompom girls est devenue une figure mythique de la série pour ses piques déplacées souvent liées au physique. 
Dans Entourage, avec le colérique Ari Gold, les scénaristes se permettent là aussi des répliques misogynes, racistes et homophobes et ça passe sans problème. Pourquoi ? parce que le personnage n’est pas foncièrement mauvais : il hurle, il s’agite, il provoque mais il n’en reste pas moins l’un des alliés les plus fidèles du héros.
Autre cas, la débridée et regrettée Edie Brit devient très vite la 5ème desperate housewives dés le début de la série ; ses réflexions blessantes mais souvent franches ont permis plus d’une fois aux héroïnes d’ouvrir les yeux.
Le plus grand danger pour ses personnages est de devenir gentil : devant leur popularité toujours grandissante, les scénaristes essaient de leur donner du fond et de justifier leur méchanceté. Si cela a bien fonctionné pour Ari Gold, ça a moins payé pour Sue Sylvester qui perd tout son intérêt lorsqu’elle fait preuve d’humanité.

- Dans les dramas, ils peuvent se repentir : les méchants y sont souvent moins caricaturaux que dans les comédies. Plus subtils, moins manichéens, ils finissent toujours par évoluer. Dans le bon sens… ou pas. Et c’est cette dualité qui les rend parfois aux yeux du téléspectateur plus abordables et plus humains que les gentils.
Des exemples : Dans X-Files, Alex Krycek reste selon moi un des personnages les plus intéressants de la série. Au début présenté comme un traitre, il fait équipe avec Mulder pour le compte de l’homme à la cigarette. Trahi à son tour, Krycek va tracer son propre chemin, sur la voie de la rédemption à mi chemin entre la vertu (représentée par Mulder et Scully) et le mal*. 
De même, le vampire Spike s’impose comme un des personnages, si ce n’est le personnage le plus attachant de Buffy ! D’abord introduit comme un ennemi drôle et pathétique, Spike se retrouve obligé en saison 4 de faire alliance avec Buffy et tombe même amoureux de cette dernière : déchiré entre ses instincts de vampire et ses sentiments, il devient de plus en plus humain. On découvre alors un personnage fragile, peu sûr de lui, mais loyal et même prêt à risquer sa vie pour sauver Buffy. 
Dans Lost, le gentil Jack s’oppose très vite au méchant Sawyer. Celui-ci, par instinct de survie, préfère s’isoler du reste du groupe puisque, c’est bien connu, l’enfer, c’est les autres. Mais comme on est dans Lost, Sawyer n’est évidemment pas monolithique. Et là encore, des sentiments amoureux et amicaux l’amènent à s’humaniser au fil des saisons pour finalement inverser les rôles avec Jack et devenir le sauveur du groupe. 
Toujours dans Lost, le très méchant Ben Linus, introduit en saison 2, reste un des plus beaux salauds de l’histoire des séries. Manipulateur, menteur, traitre, il est longtemps LE type à abattre. Et puis, à un moment précis en cours de saison 5, le personnage trébuche, et sa chute est passionnante. Il perd tous ses repères, ne sait plus où aller ; l’ancien bourreau devient alors un petit bonhomme fragile. Et le personnage prend une ampleur incroyable. 
Dans le même genre, T-Bag, meurtrier malsain, raciste et pervers de Prison Break est également un personnage bizarrement passionnant. Répugnant et dangereux, il fascine pourtant parce qu’il représente tous les pires interdits de la société. Et puis, fatalement, à un moment donné, lui aussi chute et perd son aplomb au fil des épisodes. Et le plaisir du spectateur devient alors de voir jusqu’où le personnage va tomber.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que la vie n’est pas simple pour ces méchants de drama. Les scénaristes prennent plaisir à se venger des méfaits de ces personnages. Si beaucoup d’entre eux cherchent la rédemption, celle-ci a un prix. Parmi les personnages cités ci-dessus, deux d’entre eux vont perdre un bras, un autre va voir sa fille mourir sous ses yeux et un autre encore va y laisser sa peau. Méchant ? un métier à haut risque…

- Dans les soaps, ils sont sources de rebondissements : ici, les méchants ont une autre fonction, forcément appréciée du public : ils foutent le bronx et relancent l’action. Aussi caricaturaux que les méchants de comédies, ils ne sont cette fois-ci pas là pour plaisanter mais pour se déchainer sur les gentils de la série. Sans foi, ni loi, ils sont irrécupérables. Et les scénaristes s’en donnent à cœur joie pour cumuler en eux toutes les tares de la société. Mais grâce à eux, le récit évolue. Et pour ça, on leur dit merci !
Des exemples : pour faire court, qui ne se souvient pas de JR Ewing dans Dallas et de Amanda Woodward dans Melrose Place ? L’un comme l’autre, ils en ont fait voir de toutes les couleurs à leurs ennemis. Tous deux sont increvables et ont survécu à plusieurs tentatives d’assassinats. Et preuve de leur popularité, tous deux apparaissent en personnage secondaire dans la suite des séries qui les ont vu naitre : Melrose Place, nouvelle génération (sortir en 2009, annulée en 2010) pour l’une et Dallas (prévue pour l’été 2012) pour l’autre.

 

*Pffiu, c’est beau ça…