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mardi 28 janvier 2014

Dates / Full Circle: duel de tête-à-tête

Sur le fond, elles n’ont finalement rien à voir, mais dans la forme, il y a quand même des similitudes assez frappantes. Je veux parler de deux séries sorties cette année, l’une au Royaume-Uni, Dates, l’autre aux États-Unis, Full Circle. Ni l’une ni l’autre n’ont fait beaucoup de bruit, même si les deux mériteraient qu’on en parle bien plus. C’est donc ce que je me propose de faire ici sous la forme d’une battle pour faire ressortir les qualités des lauréates.

Round 1 : les pitchs
Dates : la série raconte des premiers rendez-vous galants. Chaque épisode présente une rencontre autour d’un verre ou d’un diner de deux personnes qui ne se connaissent pas et qui se sont croisés sur un site Internet. Pendant 10 épisodes de 25 minutes, 11 candidats se succèdent, certains retentant leurs chances plusieurs fois. Certaines rencontres coulent de source, d’autres font bien plus d’étincelle. Et au fur et à mesure des épisodes, quelques histoires se recoupent et les dates se complexifient.

Full Circle : dans un restaurant (judicieusement nommé l’Ellipsis), 10 personnages dînent en tête à tête. Amants, amis, famille, collègues, les relations présentées ne sont pas qu’amoureuses et la plupart du temps, les héros se connaissent très bien. Outre le fait que, comme dans Dates, chaque épisode ne met en scène que deux personnages, la spécificité de la série vient des liens qui unissent les personnages : dans l’épisode 1, Tom dîne avec Bridget ; dans l’épisode 2, Bridget dîne avec Stanley qui, lui-même, dîne avec Jace dans l’épisode 3 et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on retrouve Tom dans le dixième et dernier épisode de la saison : la boucle est bouclée, d’où le titre de la série (c’est clair, non ?). Chaque convive revient donc pour deux épisodes, deux repas - même si certains font de très courtes apparitions à d’autres moments dans la saison.

Résultat : Full Circle l’emporte. Plus original et surtout mieux tenu tout au fil de la saison, le concept de Full Circle, bien que plus difficile à expliquer, captive littéralement. A la différence de Dates – dont la structure des épisodes est un poil répétitive- les personnages de Full Circle ne se découvrent pas ; la finesse des dialogues et de l’écriture amène peu à peu le téléspectateur à découvrir le riche passé de ses personnages, plein de profondeur.
Dates : 0 – Full Circle : 1

Round 2 : Les créateurs de la série :
Dates sort tout droit de la tête de Bryan Elsley, le génial créateur de Skins. Et ça se sent. La même direction artistique, les mêmes personnages totalement barrés, et même un générique curieusement très voisin de celui de Skins.
Full Circle, qui s’inspire de la pièce "La Ronde" d'Arthur Schnitzler, est une création de Neil Labute. Inconnu au bataillon du moins dans la planète séries. Il a surtout travaillé pour le cinéma. A noter que Mimi Leder, réalisatrice culte de Urgences, signe deux des épisodes de la saison.
Résultat : Dates gagne le point uniquement parce qu’on connait et qu’on aime le travail de Bryan Elsley. Et ouais, ça s'appelle du piston.
Dates : 1 – Full Circle : 1


Round 3 : Comédiens
Dates doit beaucoup à Oona Chaplin. Mais si, vous la connaissez, c’est la gentille femme de Robb Stark dans Game of Thrones. Celle qui… enfin vous voyez, quoi. A des kilomètres de son rôle Talisa Stark, elle crève l’écran. Sublime, envoutante et vénéneuse, Oona captive à tel point qu’il devient même difficile pour ses partenaires d’exister vraiment. Mais grâce au talent de Ben Chaplin (aucun lien, fils unique) et Will Mellor, les épisodes avec Onna Chaplin fonctionnent malgré tout très bien. 
A part ça, énorme coup de cœur pour Andrew Scott. L’excellentissime Moriarty de Sherlock revient pour un épisode avec Sheridan Smith (très juste, elle aussi) : du bonheur à l’état pur. Avec son talent et son charme, il est temps qu’on lui confie un rôle à sa mesure à çui-là. Je ne trouve rien à redire sur le reste du cast, comme souvent chez les anglais, avec peut-être un léger bémol sur Greg McHugh (Callum), pas aidé par un rôle un peu caricatural, un peu grossier.
Full Circle, de son coté, aligne les stars, épisode après épisode. David Boreanaz, Julian McMahon, Kate Walsh, Billy Campbell, Tom Felton (le Drago Malefoy d’Harry Potter) ou encore Minka Kelly (la superbe Leila de Friday Night Lights), la série ne cesse de présenter des visages connus. Et globalement, leur performance est réussie. De tout ce petit monde, je retiens la performance de Tom Felton, Kate Walsh et Minka Kelly. Et parmi les nouvelles têtes, mes coups de cœur vont à Devon Gearhart, Keke Palmer et au très troublant Noah Silver (un petit frenchie !).
Résultat : difficile de les départager sur ce point : les séries ont chacune envoyé du lourd. Mais avec le recul, je dois dire que les comédiens de Full Circle m’ont plus touché.
Dates : 1,5 – Full Circle : 2.

Thèmes abordés :
Ça n’est pas une surprise, Dates parle de rencontres amoureuses. Personnellement, c’est là que le bat blesse un peu. Le sujet se répète un peu et épisode après épisode, ça s’essouffle. Certains schémas reviennent de façon un peu systématique. Les scénaristes tentent de trouver des solutions pour rester originaux (le dernier épisode n’a plus grand-chose à voir avec un tête-à-tête), mais il y a toujours des creux dans ces dates. Et oui, pas facile de rester captivants avec des personnages qui ne se connaissent pas du tout.
Full Circle n’a pas ce problème et peut se permettre de piocher dans une foultitude de sujets. Et tout y passe : l’adultère, la célébrité, l’homosexualité, le suicide, l’inceste (épisode très très dérangeant) et même le paranormal ! Alors on pourrait se dire que la série part dans tous les sens (surtout dans son dernier épisode, bigger than life), mais non, le tout garde une certaine cohérence. Les sujets sont dévoilés petit à petit, au fil des conversations, de façon subtile. Et des rebondissements viennent chaque fois relancer l’intérêt du spectateur au moment où le repas commence à ronronner. Bien plus intense que Dates, Full Circle surprend souvent.
Résultat : pour avoir su se renouveler épisode après épisode, Full Circle l’emporte. Haut la main. Dommage le concept de Dates aurait pu donner des choses plus folles.
Dates : 1,5 – Full Circle : 3.

Pour finir et pour les veinards qui les ont vues (ce sont deux séries très difficiles à trouver, surtout Full Circle), voilà en bonus la liste de mes épisodes préférés.
Dates : "Mia and David", parce que c’est le premier, "Erika et Callum", pour Erika et malgré Callum, "Jenny et Christian", pour Andrew Scott.
Full Circle : "Tim et Bridgette", épisode très intense, parfaitement écrit ; "Jace et Ch’andra" pour Keke Palmer ; "Ch’andra et Cliff" pour la justesse des deux jeunes comédiens ; "Trisha et Robbie" : malgré un épisode décalé par son thème, les deux comédiens sont époustouflants.
Résultat : là encore, le point revient à Full Circle.
Dates : 1,5 – Full Circle : 4. Le match est fait.




D’un concept commun – 2 personnages en tête à tête pendant 26 minutes – Dates et Full Circle sont arrivés à deux résultats bien différents. A ma connaissance, aucune de ces deux séries n’a été renouvelée jusqu’ici. Elles le mériteraient. Mais en les comparant bien, Full Circle mérite, selon moi, plus d’attention. C’est un peu cruel de ma part de vous dire ça parce que, comme je disais, il est très difficile de réussir à trouver Full Circle, diffusé de façon très confidentielle sur DirecTV. Guettons les sorties DVDs.

mardi 9 juillet 2013

Le crash de Roswell, version ado, version adulte.



Hier, Google m’apprenait que c’était le 66ème anniversaire du crash de Roswell. Pour ceux qui ne s’intéressent ni aux ovnis, ni aux conspirations américaines, Roswell est un petit bled paumé du Nouveau-Mexique où se serait donc écrasée voilà plus de 60 ans une soucoupe volante. Des corps d’aliens auraient été extraits des débris et planqués dans la fameuse « Zone 51 », zone militaire perdue au milieu du désert du Nevada. Des tas de preuves de la véracité de ces évènements ont été maintes fois publiées dans des médias plus ou moins fiables, pour être décrédibilisées tout autant de fois. Alors forcément, ce genre de légende urbaine (ou devrais-je dire de légende désertique), ça attise l’imagination, ça fait fantasmer et ça fait des séries ! Perso, cette mythologie des aliens me plait beaucoup (sauf quand Spielberg l’exploite ridiculement dans Indiana Jones 4 – hop, c’était gratuit mais c’est dit !). Alors dés qu’il est question de petits hommes verts, je jette un œil. Et aujourd’hui, j’associe le crash de Roswell à deux séries radicalement opposées dans leur style, dans leur format, dans leurs moyens : Roswell (duh !) et Disparitions. Deux coups de cœur personnels, pour de plus ou moins bonnes raisons.


La première, c’est donc Roswell (1999-2002), cette bluette pour adolescents qui a surfé sur le succès de Dawson et Buffy. Objectivement moins réussie que ses grandes sœurs, Roswell était pourtant pas trop mal parti en racontant l’histoire des trois adolescents, mi-aliens, mi-humains, arrivés dans des cocons lors du crash de 1947 pour mieux éclore 45 ans plus tard. Pourquoi sont-ils là ? Ils ne savent pas trop. Mais c’est moyennement leur souci. 

Il faut bien avouer que leurs histoires d’amours occupaient bien plus leurs esprits (et ceux des téléspectateurs) que la survie de leur espèce dont ils ignorent tout. Roswell abordait joliment les problèmes de l’adolescence. Forcément différents des autres, les aliens (et les humains mis dans la confidence) se voyaient évoluer dans un monde qui ne les comprenaient pas. Le parallèle avec n’importe quel ado mal dans sa peau était évident. Bon évidemment, les extraterrestres ici n’ont pas vraiment de boutons sur la gueule et ne ressemblent pas non plus à des petits hommes gris avec des yeux vitreux. Non, là, c’est plutôt du genre beau/belle gosse. Katherine Heigl, par exemple, a fait ses débuts dans les déserts du Nevada. En plus, forcément, ils ont des superpouvoirs, ce qui facilite grandement les choses quand il s’agit d’échapper à leurs parents, leurs professeurs ou l’armée américaine.

Si la première saison avait franchement axé ses storylines sur les relations amoureuses des personnages, les saisons 2 et 3  ont choisi de développer la dimension fantastique de l’univers de la série. Et au fil des épisodes, la série s’est éloignée de la mythologie roswellienne d’origine. Dans la première saison, les références au crash étaient nombreuses, de nombreux personnages profitaient des retombées économiques que les ovnis apportaient à la ville (resto à thème, merchandising extraterrestre…) ; le personnage principal travaillait même dans un musée consacré au sujet. La culture amérindienne jouait également un rôle primordial dans cette histoire d’extraterrestre. Ce qui parait logique quand on sait que Roswell se situe en plein territoire Navajo. Bref, le mythe original était bien exploité. 
Puis de nouvelles espèces, de nouveaux pouvoirs, de nouvelles intrigues avaient peu à peu effacé l’histoire d’origine. Et la série de se perdre un peu par la même occasion. A deux exceptions près : dans la saison 2, un épisode flash-back nous renvoie en 1947 au moment des « faits ». Et dans la saison 3, un relent de mythologie est amorcé avec une incursion au cœur de la zone 51 ; mais globalement, Roswell s’est attachée à développer son propre univers. Et ça lui a probablement couté sa survie.


Très personnellement, j’ai toujours adoré cette série. C’était et cela reste mon guilty pleasure totalement assumé. J’ai aimé la façon dont les scénaristes mêlaient théories du complot et histoires d’amour impossibles. Roswell et son crash de 1947 se retrouvaient au milieu d’intrigues de lycéens. J’avais quasiment le même âge que les héros, je trouvais ça cool. Un peu trop sérieuse par rapport à Buffy ou moins fédératrice qu’une série comme Smallville (Superman fait sans doute plus d’adeptes que l’homme de Roswell), Roswell a peiné à atteindre une saison 3. Elle n’en reste pas moins une petite série pour adolescents qui a contribué à faire grandir mon amour des séries.



Et puis j’ai grandi (enfin pas de beaucoup, quelques années, tout au plus), mon regard s’est affiné, et mes exigences scénaristiques aussi. Et est apparu Disparition (2002), ou Taken en anglais, grande fresque de 10 épisodes d’une heure et demie produite par Steven Spielberg himself. Bien plus adulte que la précédente, cette série a mis les petits plats dans les grands pour aborder la mythologie de Roswell. Diffusée sur Sci-Fi, la mini-série suit trois familles américaines sur quatre générations. Chacune à sa façon, ces trois familles voit leur destin bouleversé en 1947 par l’arrivée des extraterrestres.


C’est la grande idée de Disparition : retracer 50 ans d’histoire de la mythologie extraterrestre aux Etats-Unis en exploitant les différents codes que chaque décennie a apporté. Et oui, parce qu’avec le temps, la façon de s’intéresser aux extraterrestres a évolué et les croyances à la mode en 1947 n’étaient pas celles de 1997. Et finement, la série passe tout en revue : le crash de Roswell et les soucoupes volantes dans les années 1950, les enlèvements et les conventions d’ufologie dans les années 1960-70, les crop-circles (ces fameux ronds dans les champs de blé) dans les années 1980 et enfin les théories du complot et les manipulations génétiques des années 1990. Au fur et à mesure que les personnages vieillissent (et ils vieillissent remarquablement bien), l’univers de la série évolue, adoptant les codes visuels et les références pops propres à chaque époque.

 

Disparition est peut-être une mini-série mais elle a envoyé du lourd en termes de moyens. Chaque épisode est un téléfilm à lui tout seul qui implique de nouveaux décors et de nouveaux costumes. C’est véritablement une des grandes forces de la série. L’autre point fort, c’est son casting : bourrée de comédiens vus dans d’autres séries, Disparition offre un panel de personnages forcément très large en raison des années qui passent : on retrouve ainsi Julie Benz (Roswell – tiens tiens – Dexter), Joel Gretsch (les 4400, V), Tina Holmes (Six Feet Under), Eric Close (FBI : Portés Disparus) ou encore Desmond Harrington (re Dexter). Et à l’époque on découvrait également Dakota Fanning, dans ce qui reste pour moi son meilleur rôle. Véritable star de la série, quatre des dix épisodes reposent sur ses jeunes épaules (oui parce qu’après un épisode par décennie, Disparition se concentre sur les années 2000 dans les 4 derniers épisodes).

Bien jouée, bien écrite, bien réalisée (grosse influence Spielbergienne), avec une direction artistique aux petits oignons, Disparition est véritablement une grande série, passée quelque peu inaperçue en France, à tort. Je sais que la mythologie extraterrestre en rebutera plus d’un, pourtant il s’agit ici d’une des plus belles sagas familiales que j’ai pu voir.


Entre l’adolescente Roswell et la plus adulte (et, il faut bien le dire, plus réussie) Disparition, les aliens ont toujours eu une place de choix dans mon univers de sériphile. Je n’ai pas abordé X-Files, j’aurais pu. Mais le traitement du crash de Roswell (point de départ de ce post) n’y est abordé que très brièvement et la zone 51 est intégrée dans un des épisodes dit parodiques de la série. J’ai préféré parler de séries un brin moins connues. Et c’est à ces deux séries que j’ai naturellement repensé avec nostalgie quand Google m’a parlé de petits hommes verts. Amateurs du genre (ou pas), jetez-y un œil.

dimanche 12 mai 2013

Hatufim vs Homeland: 2 pays, 2 visions



Décidément Arte enchaine les jolis coups ! Une semaine après la fin de la très réussie et très suédoise Real Humans, la chaine lance un autre petit bijou sur ce qui est en train de devenir LA case série de référence. Jeudi soir dernier a commencé Hatufim, une série israélienne qui a connu un succès national d’abord puis une renommée mondiale grâce à l’engouement planétaire autour de Homeland, libre adaptation de Hatufim. Alors naturellement, quand on connait Homeland, la question se pose tout de suite : est-ce que ça vaut le coup de regarder la série d’origine ? La réponse est oui, trois fois oui.

Oui, parce que, avec le même pitch, Hatufim propose un tout autre point de vue : cette histoire de soldats de retour dans leur pays après une longue période d’emprisonnement dans le camp ennemi est ici racontée du côté des prisonniers (ils sont plusieurs à revenir, mais j’y reviendrai plus tard). Hatufim, qui veut dire enlevés en hébreux, annonce dès son titre qu’elle va s’intéresser aux otages libérés et à leur famille. Homeland, par opposition, indique d’entrée de jeu une envie de se positionner du côté des renseignements généraux, avec le personnage ô combien réussi de Claire Danes. Forcément, c’est tout le déroulement de la série israélienne qui s’en retrouve chamboulé. Si les premiers épisodes rappellent par de nombreuses scènes ce qu’on a déjà vu dans son équivalent américain, la suite du récit prend bien plus le temps d’exploiter l’adaptation des anciens détenus à leur nouvelle vie. Et la question de savoir si oui ou non les soldats ont été retournés par l’ennemi devient quasiment secondaire alors qu’elle occupe la première place dans Homeland.

Oui, parce que la galerie de personnages est plus riche. Dans Homeland, Brody était seul à revenir d’Afghanistan. Dans Hatufim, ils sont deux. Ce qui offre naturellement deux fois plus de situations à développer. Une des familles, menée par la belle Yaël Abecassis, attendait le retour du prisonnier avec impatience, et militait jour et nuit pour sa libération. L’autre famille était passée à autre chose, persuadée que l’otage ne reviendrait pas. Deux attitudes différentes qui offrent un retour diamétralement opposé aux deux prisonniers. 
A ces deux familles, il faut ajouter le très joli personnage de Yaël, qui apprend que son frère, qui faisait pourtant partie des otages, est mort depuis longtemps. Touchante, très juste, l’actrice Adi Ezroni crève l’écran. Tout comme Ishai Golan, qui interprète Uri, le prisonnier de guerre timide, réservé, apeuré par cette liberté qu’il doit réapprendre. L’ensemble du casting est globalement parfait, mais je dois dire que c’est grâce à l’immense  talent de ce comédien et à son jeu tout en finesse que je suis rentré de plain-pied dans la série. La scène de la lecture des lettres sur la tombe de sa mère compte parmi les plus émouvantes que j’ai vues récemment. 

 
Oui, parce que Hatufim joue la carte du minimalisme. Bien loin des effets de suspense parfaitement maitrisés de Homeland, Hatufim prend son temps. Il se passe bien moins de choses en une saison de Hatufim qu’en une demi-saison de Homeland. Mais ça n’est pas un mal, loin de là. Les personnages connaissent des évolutions beaucoup plus logiques, plus creusées. La série est plus humaine. Et les scénaristes ont l’occasion de développer chacun de leurs nombreux personnages pour leur donner de véritables enjeux, une vraie profondeur. Aucun perso n’est condamné : même si les choix de certains sont discutables, chacun est présenté avec tellement de justesse que le spectateur se retrouve dans l’impossibilité de juger qui que ce soit. La situation complexe et réaliste de ces soldats libérés après une longue période de captivité est développée jusqu’au bout, avec intimité et émotion.




Qu’on ne s’y trompe pas, j’adore Homeland, j’adore son rythme enlevé et ses cliffhangers insoutenables, j’adore Carrie Mathison et j’adore les directions imprévues que prend la série à chaque épisode. Mais tout ça n’empêche pas d’apprécier Hatufim. La saison 2, que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir, promet d’être plus musclée et de se rapprocher un peu plus des questions d’espionnage, de trahison et de terrorisme présentées dans Homeland. Mais cette première saison, humaine, sensible et incroyablement juste est un bijou. Un vrai coup de cœur.

vendredi 8 février 2013

Homos et papas: Modern Family vs. The New Normal



La question du mariage pour tous aura fait pas mal parler d’elle en ce début d’année 2013. Les problématiques de l’adoption, de la PMA et même de la GPA se sont vite retrouvées au centre des débats et ont passionné les foules et nos chers députés. De là à voir débarquer sur les télés françaises des séries où les héros seraient des couples homosexuels élevant des enfants, il y a encore une marge que je ne nous vois pas franchir demain. Pourtant, il est étonnant de voir qu’aux Etats-Unis, ces sujets sont déjà abordés frontalement dans les séries télé, diffusées dans un pays où cette question ne fait pas du tout l’unanimité, loin de là. Modern Family et The New Normal sont deux exemples, radicalement opposés dans leur approche, de cette facilité avec laquelle les networks abordent un sujet toujours un brin touchy à des heures de grande écoute. Cela dit, la façon de traiter l’homoparentalité dans ces deux séries est bien différente. Et si l’une l’aborde avec normalité et simplicité, l’autre la place lourdement au centre de ses intrigues, rendant la série indigeste et peu convaincante.

D’un coté, Modern Family. Diffusée depuis septembre 2009 sur ABC, c’est tout bonnement la sitcom la plus drôle et la plus intelligemment écrite de la télévision actuelle. Extrêmement bien jouée et bien réalisée, la série présente le quotidien d’une famille qui, à elle seule, collectionne toutes les problématiques qui secouent actuellement la vision traditionnelle de la famille : famille recomposée, parents adulescents, couple mixte, décalage de génération et homoparentalité. 


Le fils de la famille, Mitchell est ouvertement homosexuel et vit avec Cameron. Dans le pilote, le couple adopte Lily, une petite fille originaire du Vietnam. Au-delà de ce premier épisode, la question de l’homoparentalité n’est évoquée que très rarement par la suite dans la série. Il y est beaucoup question de l’éducation de Lily mais le fait qu’elle soit élevée par deux hommes n’est finalement  que rarement au centre des problématiques. Les auteurs vont même jusqu’à prendre le contre-pied en sous-entendant à plusieurs reprises que les adultes féminins référents de la petite fille sont plus nocifs pour son éducation que ses deux papas (pas exemple, récemment, Lily s’est mise à répéter les sarcasmes de la sœur de Mitch, Claire, sans que ses pères ne comprennent où elle avait pu apprendre ce type de langage). C’est ce qui fonctionne parfaitement avec Modern Family : Mitch et Cam ne sont ni pires, ni meilleurs que les autres : ils sont mis sur le même plan que Claire et son mari Phil. Loin d’être parfaits, ils font tout autant de bourdes dans l’éducation de leur progéniture. Et si le couple était hétérosexuel, il est probable que bon nombre des intrigues s’en trouveraient inchangées.
Pourtant les deux personnages sont loin d’être aseptisés. Les auteurs n’ont pas cherché à les lisser pour plaire au plus traditionnel des républicains, loin de là. Maniérés et extravertis (enfin, surtout Cam’), les deux papas sont même parfois à deux doigts de la caricature. Mais c’est sans compter sur le talent de Jesse Tyler Ferguson  et surtout sur celui d’Eric Stonestreet, déjà récompensé de deux Emmys pour sa performance toute en nuances. Au final, ça fonctionne totalement. Une famille qui aurait pu être pointée du doigt pour ses particularités trop marquées est finalement parfaitement intégrée à la série et contribue même fortement au succès de celle-ci.

De l’autre coté, on a The New Normal. Diffusée depuis la rentrée 2012 sur NBC, la nouvelle série de Ryan Murphy (à qui l’on doit Nip/Tuck et Glee) présente la vie de Bryan et David qui tentent de fonder une famille avec l’aide de Goldie, une mère porteuse. Contrairement à Modern Family, l’homoparentalité est bel et bien au centre de la série et est même l’unique thème de la sitcom. Avec la finesse qui le caractérise (ironie…), Murphy chausse ses plus gros sabots, envoie du lourd, et finit par desservir son sujet.


Si avec David, on évite à peu près les clichés de l’homosexualité (pensez-donc, il aime le football…), on se vautre en plein dedans avec Bryan, (mal) interprété par Andrew Rannels (pourtant bien meilleur dans Girls) : tout sonne faux dans ce personnage. Chaque fringue, chaque vanne, chaque manière le ramène à son statut d’homosexuel. Et qu’un personnage principal soit à ce point défini par cette unique facette de sa personnalité le discrédite très vite. Plutôt que de jouer la normalité annoncée dans le titre de la série, Murphy souligne lourdement ce trait de personnalité, jusqu’à ne plus voir que ça chez ces deux personnages. Et à force de clamer « mes héros sont comme tout le monde », il finit par les rendre antipathiques, car monodimensionnels et agaçants de perfection.
Pire que ça, les héros semblent incapables d’évoluer et de remettre leurs choix en questions : ils ne paraissent pas voir les débats et les discussions soulevés par la situation dans laquelle ils se sont embarqués (ce qui est un problème dans une série qui prétend justement prendre le sujet à bras-le-corps). Tout coule de source sans qu’aucune question ne soit jamais posée ou débattue. Le seul personnage qui ose s’exprimer à l’encontre des héros est la jeune grand-mère forcément homophobe, raciste, antisémite, misogyne et agressive de la mère porteuse. Pas facile de débattre avec un personnage aussi radical, aussi caricatural et aussi méchant et résultat, on passe totalement à coté de sujets de société intéressants qui mériteraient un peu plus de nuances. Au passage, on se demande d’ailleurs bien ce qu’Ellen Barkin est venue faire dans cette série.
Au-delà du fait que la question de la GPA est autrement plus sensible que celle de l’adoption et qu’elle aurait mérité d’être traitée plus subtilement, centrer toutes les intrigues autour de cette unique problématique amène très vite la série à tourner en rond. Je n’ai vu qu’une dizaine d’épisodes et déjà, j’ai une forte impression de déjà-vu. Cela dit, je suis curieux de savoir comment les scénaristes vont réussir à maintenir les personnages de Goldie, de sa grand-mère et de sa fille lorsque le bébé sera né et adopté par Bryan et David. Mais honnêtement, il y a peu de chances que je tienne jusque là, et de toute façon, j’imagine mal la série prendre le parti osé de faire disparaitre Goldie une fois son service rendu aux garçons, comme c’est pourtant souvent le cas dans la vie réelle.

Sur le même sujet on ne peut plus brûlant qu’est l’homoparentalité, deux visions et deux traitements s’opposent donc dans ces séries : d’un coté, la question est abordée subtilement, discrètement et surtout comiquement au milieu de tout un tas d’autres sujets de société. De l’autre, c’est l’unique thème d’une série qui devient rapidement indigeste et cloisonnante. Preuve s’il en fallait que le prosélytisme n’est décidément pas une bonne manière pour faire passer des idées et des modes de pensée. Pas la peine de pointer si lourdement du doigt un sujet sensible : on peut tout aussi bien faire avancer le débat par petites touches. Friends l’avait bien compris : homoparentalité et GPA y étaient déjà abordées, tout en finesse et en humour.