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jeudi 6 novembre 2014

Les douze tribus sérielles


Parler séries est toujours un plaisir, que l’interlocuteur soit un amateur raisonnable ou un passionné possédé. Le problème, quand on aborde ce sujet, c’est qu’on ne parle pas forcément de la même chose. Le terme très générique de "séries" englobe un nombre colossal de genres, de styles et de formats. Derrière ce mot se cachent de nombreux programmes qui n’ont pas beaucoup de points communs. Alors évidemment, il existe plusieurs moyens de les classer : les séries du câble vs les séries des networks, les séries de 52 minutes vs les séries de 26 minutes, les dramas vs les comédies. Mais tout ça reste un peu flou. J’ai donc pris l’initiative de proposer 12 catégories bien distinctes pour aider ceux qui sont perdus à s’y retrouver dans cette masse informe. Une sorte de jeu de 7 familles, mais où, à la place du 7, on mettrait un 12.

1) Les clones expertisés : Depuis le lancement des Experts, c’est peut-être l’espèce la plus répandue et la plus incrustée dans nos programmes télé : des enquêtes de police, pas bien violentes, pas bien dures à suivre, résolues en un épisode grâce aux capacités exceptionnelles du héros ou d’une équipe. On en a vu un, on en a vu cent.
Les Experts, Les Experts : Miami, Les Experts : Manhattan, Les Experts : Brive la Gaillarde, NCIS, NCIS : LA, NCIS : New Orleans, NY Unité Speciale, NY Police judiciaire, NY Section Criminelle, FBI : portés disparus, Esprits Criminels, Elementary, Lie to me, The Mentalist, Body of Proof, Castle, Forever

2) Les sitcoms pépouses : Bien figées dans le formol, ces séries-là ont trouvé une recette qui marche à tous les coups. Un décor en U, un tournage en public, un canapé confortable, des vannes bien écrites et roule ma poule. C’est pas toujours révolutionnaire, mais c’est efficace, même si on atteint rarement les sommets de Friends, à qui on les compare systématiquement.
How I Met your Mother, The Big Bang Theory, 2 Broke Girls, Mom
 
3) Les documentaires moqués : sortant un peu plus des sentiers battus, ces comédies-là ont piqué au docu sa forme flottante, son coté pris-sur-le-vif et ses silences embarrassants. Une nouvelle manière de nous faire marrer en s’immisçant au plus près de ces personnages qui nous ressemblent.
The Office, Modern Family, Parks & Recreation…

4) Les prometteuses décevantes : On reconnait ces séries à ce commentaire bien connu qui revient souvent lorsqu’on veut les présenter : "la saison 1 était top, mais après…". Elles enthousiasment au début autant qu’elles déçoivent à la fin. Parfois la lune de miel dure un peu plus longtemps mais globalement le divorce finit toujours par arriver. Et la fin de ces séries se fait souvent dans le plus grand des anonymats.
Nip/Tuck, 24, Prison Break, Heroes, True Blood, Dexter, Homeland (House of Cards?)

5) Les obsolètes programmées : proches cousines des précédentes, les séries de cette catégorie connaissent une histoire d’amour encore plus éphémère avec leur public. Un peu comme une rencontre sur internet : sur le papier, ça a tout pour nous exciter, mais dans la vraie vie, c’est terriblement décevant. Et le téléspectateur sait d’office que ça ne pourra pas marcher. La rupture est quasi-immédiate.
FlashForward, les 4400, Terra Nova, Awake, Revolution, Touch…

6) Les plaisirs honteux : comme un gros pot de Nutella ou un nounours qu’on n’oserait pas montrer, ces programmes font du bien. Peu importe l’intelligence du fond, peu importe la crédibilité des intrigues, ça divertit et c’est tout ce qu’on demande. Avec en prime des gens jolis dedans. Dans cette catégorie, Shonda Rhimes est reine.
Desperate Housewives, Grey’s Anatomy, Glee, Revenge, Scandal, How to Get Away With Murder…

7) Les historiques léchées : un poil prétentieuses dans la forme, mais souvent très réussies dans le fond, ces fresques historiques mettent les moyens pour nous en mettre plein la vue. C’est beau, c’est fort, c’est travaillé dans les moindres détails. Et c’est souvent terriblement intelligent. Pompeux mais majestueux.
Rome, Band of Brothers, Mad Men, Boardwalk Empire, Downtown Abbey, Masters of Sex…

8) Les impressionnistes mystiques : amateurs d’action et de rythmes effrénés, passez votre chemin. On n'est pas là pour en prendre plein la vue. On est là pour vibrer, pour ouvrir ses chakras, pour faire appel à nos sens. On veut de l’humain, du ressenti. Ici, on prend son temps, on s’ennuie parfois, mais on est souvent transcendés. On trouve les épisodes trop longs mais les saisons trop courtes.
Rectify, The Leftovers, The Affair…

9) Les indés arty : si les précédentes ressemblaient à du Terrence Malick, celles-ci se rapprocheraient plus de Little Miss Sunshine ou de Juno. Loufoques, barrées, décalées, elles proposent une autre idée de la famille. Parfois un peu provoc’ mais toujours sincères. Des feel-good-séries, en somme.
United States of Tara, Skins, Girls, Looking…

10) Les superséries : voilà un genre qui semble renaitre de ses cendres, tel le Phoenix des X-Men. Les super-héros ont décidé d’envahir nos petits écrans après avoir reconquis les salles obscures. Autant s’y faire, parce qu’on va en bouffer.
Agents of S.H.I.E.LD., Arrow, Gotham, Constantine, The Flash, Agent Carter…

11) Les cultes inattaquables : ces séries ont ceci de particulier qu’on ne les reconnait pas tant à leur contenu mais plutôt à leur fan-base déchainée. Prononcez un mot à l’encontre de ces programmes et c’est tout Twitter qui vous insultera. Émettez l’idée qu’elles sont surestimées et vous perdrez vos amis Facebook. Osez dire qu’elles ne vous font pas envie et des hordes de trolls enragés viendront vous hanter partout où vous irez. Et ce, que la série soit bonne... ou pas (cc les marcheurs...).
Sherlock, Dr Who, The Walking Dead, Friday Night Lights, Battlestar Galactica, Orange is the New Black, Hannibal, Lost, Game of Thrones…

12) Les perles canonisées : pas touche au panthéon des séries. Ces programmes-là ont été anoblis d’un commun accord par les médias, les fans et les télés. Contrairement aux précédentes, elles font l’unanimité. Elles font partie des meilleures, des incontournables, des magistrales. Point final.
X-Files, Les Sopranos, Six Feet Under, The West Wing, The Wire, Buffy, Breaking Bad… et sans doute, un jour, The Good Wife (mais pour être sûr, il faut attendre sa fin…)

Voilà donc 12 catégories de séries pour s’y retrouver dans les flots ininterrompus de programmes qui nous arrivent d’outre-Atlantique. Certains voudront probablement mettre The Walking Dead dans la 4ème catégorie et d’autres voudraient déjà voir Orange is The New Black siéger aux cotés de Six Feet Under et des Sopranos. Ces choix sont personnels donc forcément subjectifs. Je vous laisse libre de choisir vos catégories préférées et d’y classer les séries comme bon vous semble.

samedi 1 mars 2014

La Lazy Company: crazy comedy!



En voilà une que j’ai longtemps attendue. Petite série, tant par son format (10x30’) que par son budget (le tournage, ultra condensé, s’est déroulé sur seulement 25 jours : une prouesse), elle a malgré tout réussi à faire parler d’elle. J’étais donc bien intrigué de voir ce que ça pouvait donner. N’ayant pas OCS, chaine sur laquelle elle a été diffusée, j’ai dû attendre la sortie DVD de la saison 1 de la Lazy Company pour me faire plaisir. Aussitôt acheté, aussitôt visionné. Et bingo, le résultat est là : la série m’a énormément plu, même si je dois avouer avoir été dérouté dans un premier temps.


En référence à la Easy Company de Brand of Brothers, la Lazy Company est une comédie qui se déroule pendant le débarquement américain en juin 44. En dehors du contexte historique, les ressemblances avec la série de Steven Spielberg et Tom Hanks s’arrêtent là. Ici, pas de faits réels, pas de drames ni de morts. On est là pour rigoler et tourner cet évènement majeur du XXème siècle en dérision. Qu’il s’agisse des soldats américains, des résistants français ou des nazis allemands, tout le monde en prend pour son grade. Grosso modo, à en croire cette série, le débarquement de 44 aurait été orchestré par des abrutis qui se seraient alliés à des bouseux pour bouter l’ennemi très énervé mais un peu ras-de-plafond.


Les premières images de cette série que j’avais pu voir étaient les quatre pilotes tests de 2 minutes diffusés sur internet (et d’ailleurs disponibles sur le DVD). Ils montraient à voir une comédie essentiellement basée sur les dialogues et assez peu sur l’action. Et oui, forcément, quand on n’a pas le budget de Steven, on mise sur autre chose. Et ça fonctionnait super bien. Ces quatre scènes laissaient entrevoir une série adoptant un ton assez proche de celui de Kaamelott. Au passage, on y retrouvait au casting un habitué de la bande à Astier, le toujours très drôle Alban Lenoir.
Je me frottais donc les mains d’impatience en attendant de me payer la série complète. Mais là, surprise, le ton adopté dans la série n’a pas grand-chose à voir avec ce que je m’attendais à trouver. Beaucoup plus barrée que les pilotes, la Lazy Company joue sur un humour bien plus absurde. On est ici un peu dans le grand n’imp’. Pas autant que dans le Cœur a ses raisons, n’exagérons rien. Mais on peut y voir une ressemblance avec certains sketches des Monty Pythons. Vous me direz que la référence n’est pas mauvaise et vous auriez raison. C’est juste que j’ai été dérouté lorsque j’ai découvert la série.
Les scènes très dialoguées des pilotes s’y retrouvent mêlées à d’autres scènes what-the-fuck où les scénaristes s’autorisent tout (cf. l’épisode comédie musical, le plus décalé de tous). Mais attention, je ne dis pas que la Lazy Company est une série ratée, loin (très loin) de là. Dans un cas, comme dans l’autre, les deux formes d’humour sont parfaitement maitrisées et fonctionnent génialement. Ça fait de cette comédie un ovni un peu étrange, qui peut être difficile à appréhender dans ses débuts mais qui s'adopte finalement très vite.

Autre point positif qui fait que je me suis avalé les épisodes avec plaisir : les comédiens, tous parfaits. Les quatre héros de la Lazy sont forcément très bons (avec peut-être un petit bémol pour Benoit Moret, pas aidé par son personnage plus que chelou). Alban Lenoir et ses mines S m’ont fait beaucoup rire. Mon coup de cœur va à deux rôles féminins : Caroline Vigneaux qui campe une nazie hystérique bien excitée et surtout Aurélie Poirier, qui interprète une Normande résistante à l’accent incompréhensible et un tantinet soupe-au-lait.
Saluons au passage les astuces trouvées par les producteurs pour pallier le manque de budget (OCS étant une série câblée au public encore très confidentiel, elle ne peut investir de la même manière que TF1 ou Canal+). Plutôt que de compter sur des décors grandioses et des effets spéciaux et pyrotechniques incroyables, la série mise tout sur ses magnifiques costumes, sa bande-son (on entend des avions, des bombes, des tirs et ça suffit à contextualiser la série), sa musique et son générique vraiment très beaux. La photographie est également très soignée, avec sans doute un étalonnage aux petits oignons pour donner à la série les couleurs sépias, passées, habituellement associées à cette période. Au final, visuellement, c’est très réussi.



Sans être tout à fait la série que j’attendais, la Lazy Company n’en reste pas moins une excellente comédie française et passé cette surprise que j’ai pu avoir en découvrant la série, je suis totalement conquis et je serai ravi de voir la saison 2 actuellement en post-production. Elle est la preuve que même avec des budgets serrés, on peut produire de la qualité en France. Et ça, c’est une bonne nouvelle.